mardi 9 octobre 2018

L’Autre-Monde et les Sidhe de Joanne van der Hoeven


Traduction et adaptation par Delphine Serpentine
 
 Joanna van der Hoeven est Druidesse, Sorcière, enseignemente et auteur de best sellers. Elle est née à Québec au Canada, puis a déménagé en Grande-Bretagne en 1998, où elle vit avec son mari dans un petit village du Suffolk, près de la Mer du Nord.
Joanna est aussi chanteuse, musiciene, poétesse et danseuse. Elle a étudié avec Emma Restall Orr et l’OBOD. Elle est directrice du Druid College UK. 

Ces derniers mois, j’ai travaillé avec l’Autre-Monde et le Sidhe, essayant de les comprendre par l’expérience plutôt que d’un point de vue mythologique ou académique. Nous pouvons lire à ce sujet toutes sortes de choses, mais l’Autre-Monde doit être expérimenté pour être véritablement intégré dans une tradition particulière. J’avais auparavant écrit que l’Autre-Monde et le concept de dualité sur mon autre blog, à l’approche du dernier Samhain, et y ai réfléchi depuis. En me préparant à une rencontre en conscience, autant qu’en paroles. J’ai rencontré l’Autre-Monde avant, croisant des êtres dans mes errances, mais je n’avais pas fait l’effort de réellement me connecter à eux, quel qu’ils soient ou dont ils puissent venir.
J’avais des difficultés avec le concept de l’Autre-Monde,car percevoir une scission consciente entre notre monde et l’Autre-Monde interfère avec mon ambition de pure intégration. Enfin c’était ce que je pensais.
La première chose que j’ai apprise est qu’il n’y a pas tant de séparation entre l’Autre-Monde et celui-ci, c’est plus de l’autre d’une superposition, une réalité plus profondément perçue que celle que nous expérimentons avec notre conscience physique et mentale quand elle est à demie endormie. L’Autre-Monde est ce monde tout autant, mais à un niveau plus profond. C’est un Monde-Profond, où existent des êtres qui requièrent une connexion plus profonde au paysage. Peut-être étais-je simplement trop obnubilée par le nom « Autre-Monde ». A mon sens, dans mon chemin vers la pure intégration, il n’est pas Autre.
C’est le piège que celui de tout prendre de façon littérale. Et lorsque que j’ai fait mon voyage au tumuli le plus proche, une tombe celtique se tenant à mi-chemin entre une ancienne colonie celte et un cercle rituel le long de la côte du Suffolk, j’avais planifié de rencontrer les Sidhe, ces êtres qui demeurent dans l’Autre-Monde et qui peuvent voyager pus facilement entre les différentes réalités perçues que nous-même. Un ami m’accompagnait tout au long de ce rituel de Beltane, et aussi pour rester en alerte. Mais l’énergie n’y était pas, le temps était passé. L’aubépine n’avait pas encore fleuri en ce début de mai, la météo était changeante : le soleil et la grisaille d’une minute à l’autre. Alors que le rituel avancé sur le sommet de la colline proche du tumuli, un mal de tête tourna à la migraine avec la sensation d’être malade. Pourtant je persévérais toujours dans mon intention à contacter les Sidhe, le Peuple Brillant. Ma tête pulsait et j’entendis soudant «  Reviens lorsque Mai sera en fleurs ». Nous clôturâmes le rituel, d’étranges énergies circulant autour de nous, avec de lourds nuages menaçants, et reprîmes le chemin du retour.
Quelques semaines plus tard, l’aubépine fleurissait et je retentais ma chance au tumuli. J’avais pensé y passer  la nuit, mais mon plan changea et je ne pouvais qu’y rester que deux heures.
Seule, je me rendis là, le parfum des fleurs de mai flottait dans les haies. Alors que j’approchais du tumuli, marchant à travers le troupeau broutant au pied de la colline, un chaud soleil se déversa sur le paysage, l’illuminant entièrement, rendant le tout étincelant de vie.
Je marchais autour du tumuli comme à mon habitude, passant devant un petit groupe de jolies chèvres blanches et noires prenant du repos à l’ombre d’un chêne. L’énergie autour du site était plus calme que la fois précédente, ce qui me réjouissait. Elle était plus posée, mais très forte, presque claire. Après avoir circumambulé autour du tumuli, je marchai jusqu’à son sommet pour m’y asseoir, en respirant simplement et en portant mon attention au lieu. Un écureuil courait dans les dernières feuilles mortes, collectant des noix et des glands.
Lorsque je me sentis pleinement connectée au paysage, pas en tant qu’observatrice ou voyageuse mais en tant que part consciente, active et vivante de ce tout, je plaçais mes mains sur le sol, devant mois et laissais mon esprit se couler en profondeur dans la terre, ouvrant mon nemeton aux esprits du lieu. Presque instantanément, je sentis une présence tout autour de moi, un petit groupe d’êtres, trois ou quatre, se tenant en cercle, regardant ma silhouette assise sur le sol, les mains pressées contre la terre. Ne voulant pas briser ce moment, le gardais les yeux fermés, et les regardais avec mon esprit plutôt qu’avec mes sens physiques.
Ils étaient grands, fins et gracieux. Habillés d’un blanc fluide, ils semblaient briller dans le soleil. Leurs longs cheveux ondoyant autour d’eux, leurs visages étaient à la fois sereins et curieux. Je relevais qu’il y avait une femme parmi eux. Ils se tenaient autour de moi et me regardaient simplement.
« Qu’est-ce que c’est ? ». Je pouvais l’entendre clairement dans mon esprit. Je restais immobile, ne voulant pas briser la magie. Il n’y eut pas de réponse, mais je les sentais m’observer, m’étudiant alors que j’étais assise là. Je conservais mon immobilité, les laissant m’étudier, devenir conscients de ma présence. Je voulais avoir une expérience avec eux mais je réalisais que l’inverse était également vrai.
Après un long moment, je pouvais ressentir leur acceptation. « Reviens. Bientôt. ». J’avais entendu puis ils s’effacèrent de ma vue psychique. J’ouvris les yeux et regardai autour de moi : le monde était juste comme je l’avais laissé.
Je suis impatiente de poursuivre ce travail avec ces êtres dont je pense qu’ils sont les Sidhes de la tradition celtique. Non pas d'un autre monde, mais d'une partie de ce monde et des parties non perçues de cette réalité, cachées de nos âmes à moins que nous nous ouvrions consciemment à elles (ou qu'elles veulent simplement nous apparaître lors de nos errances).
Je pense qu’il est important, pour moi, dans ma vie actuelle de développer cette relation avec les Sidhes.
Ils semblent appeler, même en juin, alors que l’aubépine était couverte de fleurs. Les passages entre les mondes sont ouvert à notre perception, et je travaille sur une plus grande ouverture de cette dernière, pour expérimenter le monde dans sa beauté, son intégration supérieur. Mon âme pleinement éveillée, mes bras grands ouverts pour tout embrasser.