mardi 29 mars 2016

Immram pour Avalon, extrait d'Avalon Within de Jhenah Telyndru


Traduction et adaptation de Delphine Serpentine
  

Le voyage commence

 

Vous vous trouvez dans une ancienne forêt. Il fait nuit et la lune est pleine, si bien que vous pouvez clairement deviner son contour à travers les ramures des arbres autour de vous. La lumière est suffisante pour que vous puissiez voir que vous vous tenez sur un sentier bien marqué menant à travers les bois. Imprégnez-vous du sentiment que vous procure cet endroit, des sons de la nuit, et du désir d'emprunter ce chemin à travers cette forêt dense. Vous vous sentez en sécurité et soutenue. Chaque pas sur le chemin est sûr, sentez vos soucis du quotidien et relâchez-les, qu'ils soient absorbés par la terre. A chaque pas, sachez que de nombreuses femmes ont marché sur ce même chemin avant vous, nombreuses sont celles qui marchent à vos côtés, nombreuses sont celles qui marcheront après vous. Connectez-vous à ce sentiment d'intemporalité, poursuivez votre marche à travers bois.

Alors que vous progressez, remarquez comme les bois s'éclaircissent. Il y a de l'humidité dans l'air, le sol devient souple sous vos pas. Le sentier s'incurve à gauche. Les arbres deviennent des buissons. Puis les buissons sont de moins en moins nombreux. Vous vous retrouvez sur le rivage marécageux d'un calme et sombre lac. La Lune est haute et brillante dans les cieux. Remarquez son reflet sur la surface de l'eau. Écoutez les sons du lac et de toutes les créatures vivant  dans ses eaux et sur ses rivages. Portez votre regard sur le rivage le plus lointain. Un mur de brume déferle lentement, le cachant à votre vue avant de venir s'enrouler autour de vous. Sentez l'humidité sur votre visage, ressentez ce que c'est d'être enveloppée par les brumes.

Vous prenez conscience que quelque chose brille à travers les ombres, un éclat de métal attrapant la lumière lunaire. Accrochées par un ruban rouge à la plus haute branche d'un vieil arbre noueux, une branche portant neuf pommes d'argent brillent comme une invitation à travers les brumes. Inspirée, vous prenez la branche d'argent et découvrez que chaque pomme est une délicate clochette d'argent. Tenant cette branche par ce qui semble être un manche, poli et adouci à l'extrême par les mains des nombreuses pèlerines, vous ne pouvez résister à l'envie irrépressible de faire tinter les clochettes. Par trois fois, vous les faites résonner. Et par trois fois, le son riant des clochettes fait écho sur les eaux du lac avant d'être absorbé par les brumes. Remettant la branche à sa place, vous remarquez que la seule réponse au son d'argent est un profond silence empli d'attente.
Après un temps, vous sentez plus que vous n'entendez le mouvement d'un vaisseau sur les eaux. Presque instantanément, vous voyez la proue d'une petite embarcation alors qu'elle accoste à votre niveau. C'est la Barque d'Avalon. Trois silhouettes encapuchonnées et vêtues de sombre se tiennent à la proue. L'une d'elles tend sa main vers vous. Vous la prenez et vous appuyez sur elle pour embarquer. Vous prenez place à l'endroit préparé à votre attention alors que les trois silhouettes  se tiennent à l'autre bout de la Barque. La brume altère votre vue et ce que vous pourriez voir de ces silhouettes. La Barque amorce un mouvement et glisse sans effort sur l'eau. A nouveau, vous sentez, plus que vous ne voyez, un mouvement en face de la Barge, comme le choc d'un son muet. Comme par magie, le voile de brume se sépare et le lointain rivage brillant se tient face à vous, clair et proche.  Inspirez à fond ce qu'est l'Île bénie et puissante d'Avalon.

Aussi rapidement que votre voyage à travers les eaux commença, aussi rapidement il se termina. Et la Barge s'échoue légèrement sur les rivages ombrageux. Regardez les silhouettes encapuchonnées, elles semblent vous saluer avec bienveillance. Vous débarquez, posant pour la première fois votre pied sur le sol sacré. Plantez fermement vos pieds et sentez l'énergie du lieu courir à travers vos pieds, montez dans vos membres et infuser à votre être le plus profond toute sa vitalité.
Vous êtes chez vous, ma Sœur.

(Note : C'est à partir de ce point que les autres Immrama du livre débutent. Si vous réalisez cette méditation dans le but de rencontrer votre guide avalonien pour la première fois, poursuivez avec ce qui suit. Sinon, continuez votre voyage à l'endroit décrit dans le chapitre correspondant.)


Artiste : Stephen Reid
Rencontre avec votre guide


Après un moment, vous vous sentez attirée plus avant et commencez à marcher le long du rivage marécageux en direction du Tor assoupi dans le lointain. Vous êtes happée par un doux et entêtant parfum, et constatez que vous êtes dans une pommeraie fleurie de printemps. Les fleurs blanches sont d'argent au clair de Lune. Elles fleurissent à profusion sur chaque branche, illuminant le sol sombre comme les étoiles dans la nuit. Les arbres anciens vous entourent, magnifiquement noueux, entremêlés. Vous marchez parmi eux, poussée à avancer, jusqu'à vous retrouver au centre du verger, face au plus vieil, au plus grand arbre de toute l'Île.

C'est l'Arbre-Mère d'Avalon, dont les racines sont fermement ancrées dans les prémices du passé avalonien, et dont les branches incurvées touchent le futur inconnu. Certaines sont fleuries, d'autres bourgeonnent et portent des fruits, et d'autres encore atteignent le ciel de leurs doigts squelettiques, nus comme des os. Son tronc puissant est large, torsadé par le temps, mais toujours solide, bien plus que de l'acier trempé. Elle est le cœur vital de ce bosquet plus que sacré. Gardienne du Verger, Protectrice de la Sagesse.
Approchez cet être vénérable et étendez votre conscience afin de l'honorer et vous présenter. Donnez-lui votre nom, expliquez-lui votre désir d'apprendre les chemins de la Déesse et d'Avalon, que vous êtes une étudiante, une chercheuse de sagesse, demandez-lui avec toute l'humilité possible un guide pour explorer les rivages, intérieurs et extérieurs.

Une fois fait, attendez patiemment et respectueusement une réponse.

L'Arbre-Mère commence à briller doucement, puis une douce brise frissonne à travers ses branches comme un assentiment.  Avec le lever du vent, une feuille verte se détache et tombe devant vous. A l'instant où elle touche terre, elle est engloutie dans un aveuglant flash de lumière. Lorsque vous recouvrez la vue, vous découvrez une silhouette face à vous, votre guide dans les royaumes d'Avalon.
Présentez-vous à votre guide et, une fois de plus expliquez les raisons de votre venue et ce que vous souhaitez apprendre en arpentant le chemin avalonien. Prenez tout le temps dont vous avez besoin pour détailler l'apparence et l'énergie de votre guide. Demandez-lui un nom avec lequel vous pourrez l'appeler et un symbole pour vous connecter à elle. Écoutez-la attentivement. Recevez le don qu'elle vous offre. Demandez-lui où et comment la contacter à nouveau.


C'est le début d'une importante relation, si bien que vous devez prendre le temps dont vous avez besoin pour ce premier contact. Tendez-lui la main et tenez la sienne dans la vôtre. Une fois que vous avez parlé avec elle, offrez-lui un cadeau en retour pour être certain de la remercier gracieusement. Ne prenez pas cette connexion à la légère. Vous vous engagez envers Avalon et votre croissance. Avec la connaissance, vient la responsabilité.


Après que la connexion ait été faite


Lorsque vous êtes prête, dites au revoir à votre guide. Remerciez le verger et l'Arbre-Mère de vous avoir reçue, d'avoir facilité votre rencontre avec votre guide. Reprenez le chemin par lequel vous êtes venue, pour retourner sur le rivage marécageux du lac où la Barge vous attend. Vous vous retournez et regarder l'Île une dernière fois. Respirez son essence, trois fois, de façon délibérée, pour en ramener un peu avec vous. Inclinez-vous avec révérence et gratitude. Quand vous êtes prête, embarquez sur la Barge.
Sans effort encore, vous glissez sur les eaux. Comme par magie, une fois de plus, vous vous retrouvez prestement sur le rivage opposé. A nouveau, débarquez. Remerciez les prêtresses se tenant à la proue pour vous avoir mené et ramené d'Avalon. Comme avant, elles inclinent leur tête et la Barge s'éloigne, le rideau de brume recouvre l'embarcation et le lac sacré. Trouvez le sentier qui vous a conduit à cet endroit. Entrez dans les bois une fois de plus, retournez à l'endroit où votre voyage a commencé.
Faire ce pèlerinage intérieur vous change et chaque fois qu'il est entrepris, le chemin devient plus clair.

Prenez trois profondes, apaisantes respirations de centrage et revenez à vous en vous souvenant de tout ce que vous avez vu et expérimenté.


Comme nous pouvons le voir, l'Immram est un outil puissant. C'est un moyen de revendiquer et réactiver l'essence spirituelle de l'Ancienne Avalon mais également une méthode puissante de compréhension de son paysage intérieur de façon à atteindre son intégralité. Dans tous vos voyages, nous ne devons pas perdre de vue le but de nos efforts.
D'un côté, nous devons nous plier à une discipline et nous engager à éclaircir le terrain de façon à pouvoir avancer moins encombrée par nos problèmes, nos illusions et nos attentes. D'un autre côté, pendant que nous cherchons à nous souvenir de ce qu'est l'Ancienne Avalon et à revendiquer sa sagesse comme l'héritage des femmes de demain, nous renouvelons les leçons d'Avalon dans nos propres vies.


lundi 28 mars 2016

La Lune Sombre de Molly Hall, about.com



Traduction et adaptation par Delphine Serpentine

A quel moment ?

Aussi connue comme la Lune Morte, c'est la période où il n'y a aucune réflexion solaire, laissant ainsi la lune dans l'obscurité. La Lune Sombre se produit sur les trois jours précédant l'apparition du nouveau croissant.

Est-ce la même que la Nouvelle Lune ?

Pour beaucoup, la Nouvelle Lune se produit lors de la conjonction Soleil-Lune, mais pour d'autres elle demeure la Lune Sombre jusqu'au nouveau croissant.
Comme la Lune décroît jusqu'à l'obscurité, le mouvement tend vers l'intériorité.
Dans ces moments contemplatifs, la réalité intérieure se manifeste par les rêves et des visions éveillées. La Nouvelle Lune est  un moment propice pour une conjuration d'intentions.
En quoi la Lune Sombre et la Nouvelle Lune diffèrent-elles ?
La phase sombre de la Lune est psychiquement le moment le plus puissant. Ce qui peut nous attirer vers notre soi le plus profond,  les désirs de notre âme et l'écoute incessante est une bonne manière de recevoir des messages.
Elle est comparée à la graine en dormance durant l'hiver ou au cocon du papillon. Vous pouvez vous sentir fatigué ou avoir une envie irrésistible de complète solitude.  Il est important de faire de la place pour l'extension de son âme à ce moment. Comme la mort elle-même, c'est une préparation au nouveau commencement débutant avec le croissant.


La Lune Sombre et le cycle féminin

Vous avez probablement entendu parler des Tentes Rouges de menstruation des cultures matriarcales et primitives. La Lune Sombre était un de ces moments où les femmes se rassemblaient pour tirer de la sagesse de la puissante énergie psychique du moment. Souvent les cycles des femmes s'accordaient – comme cela se produit lorsque des femmes vivent en communauté – et cela génère  une levée de pouvoir collectif.
Dans ces Tentes Rouges, les femmes partageaient des visions, des messages divins et s'ouvraient à une sagesse plus élevée.

La Lune Sombre et le deuil

A chaque fois que nous vivons une perte considérable, nous sommes profondément changés. C'est une des choses que donne la mort.
Cela est considéré comme étant une phase de Lune Sombre, et cela prend du temps pour pleinement intégrer cette expérience.
Parfois certains sont mal à l'aise, inquiets ou gênés par notre confusion, notre mélancolie, notre colère. Alors ils tentent de nous prévenir de ce qui gît au cœur de l'obscurité. Mais en regardant la nature, nous pouvons observer que tout meurt à un moment pour revenir à la vie sous une nouvelle forme. C'est simplement ça, il existe des instants où nous mourrons à notre ancien nous pour renaître à une nouvelle vie.

La Lune Sombre et les saisons

Durant le solstice d’Hiver, lorsque les jours sont courts (hémisphère nord), c'est une période pour rester à l'intérieur, créant ainsi un sentiment de cocon intime. Et c'est toujours une surprise de voir la nature reverdir, revenir à la vie après avoir été mise à nue. La croissance, à cette période, est souterraine, cachée mais puissante car elle forme la base, la racine.

La Lune Sombre, la vieillesse et la mort

Dans nos vies actuelles, il y a une phase de Lune Sombre dédiée à la fin, nous nous préparons alors à pénétrer dans le mystère de la mort. Souvent il se produit une convergence de souvenirs, nous donnant l'impression de courir après le temps. Tellement de traditions pensent que l'esprit poursuit sa route, mais vers où ? C'est la grande inconnue, et la période de la Lune Sombre nous donne de la foi, de l'espoir sur la nouvelle vie à venir. La Lune Sombre est associée au Monde Souterrain, un plan à part où les défunts et les « presque nés » sont ensembles.

Vivons-nous une phase de Lune Sombre ?

Dans son livre, Les Mystères de la Lune Sombre (Mysteries of the Dark Moon), Demetra George présente ce concept. Nous vivons sur une planète mourante dans le sens où sa forme change, du sol de la forêt à l'air qui l'entoure. Une des actions de la Lune Sombre est de briser les vieux systèmes, de les laisser tomber, puis d'aller vers une révision de notre façon de vivre, ce en quoi nous croyons et sur notre relation avec la nature. Les nouvelles graines ainsi seront plantées, mais il demeurera toujours une certaine incertitude, de la peur...de l'obscurité. Voir ce moment comme une Ère de Lune Sombre peut élargir la perspective avec de l'espoir pour un renouveau à venir.

Le pouvoir de l'Obscurité

La Lune Sombre est privée, intime, riche en renouveau et plein de profondeur. La Lune Décroissante est une période de lâcher-prise, vous êtes dépouillés de votre savoir, c'est un moment où vous êtes à nu ne sachant plus qui vous êtes. Cela peut ressembler à la mort, un étonnant mystère qui nous éveille pleinement à l'instant ultime. Que vient-il ensuite ? , nous demandons-nous.
J'ai trouvé que la Lune Sombre est la phase la plus puissant pour une introspection. Le Soi Intérieur grandit en puissance et se manifeste. Idéalement,  vous pouvez entendre, intégrer et poser des intentions qui vous apporteront de l'harmonie durant la Lune Croissante.
Immobilité est le mot-clef de la Lune Sombre. Reposante, riche solitude nous donnant une chance de capter notre voix intérieure. Avec la Lune dans l'obscurité, l'intuition psychique prend le dessus. Faites de l'espace pour aérer votre esprit afin d'être prête à recevoir.
Il y a une peur sans âge de l'obscurité et un déni de la mort. Mais c'est un fait incontournable de la nature, et si il est pris en compte, peut être vu comme le retour vers la terre avant le prochain renouveau. La Lune est associée aux femmes et à de nombreuses Déesses comme Hécate, Kali, Lilith, qui représentent son aspect sombre. La Lune Sombre nous rappelle le cycle naturel de morte et de renaissance. La tombe et la matrice deviennent des lieux identiques pour une transition quand nous sommes pris dans le mystère situé au-delà du monde physique.
Chaque  Lune Sombre est une chance de se renouveler, d'expérimenter l'inconnue et de gagner une sagesse sans âge. La Lune Sombre ouvre une porte sur le passé et guide vers la mémoire collective. Rendez ce moment sacré chaque mois, faites en un moment pour vous connecter aux grands mystères de la vie.

Source: C'est un article original dont les bases viennent des travaux de Vicki Noble, Demetra George, Judy Grahn, Starhawk et Elinor Gadon pour certaines.

Voici comment j'ai atteint la Déesse Sombre de Jane Meredith, Avalon Magazine n°1, 2011



Traduction et adaptation de Serpentine

Travailler avec la Déesse Sombre peut être difficile !

Il y a quelques années, bien que j’invoquais la Déesse Sombre à la fois pour moi et pour des rituels de groupe, bien que je Lui dédiais toutes sortes d'offrandes et que j'étudiais ses histoires et cherchais à voir le chemin qui menait à Elle, je sentais qu'Elle marchait auprès de moi. Peut-être est-ce Son rôle de nous rappeler que nous sommes poussières, que nous n'avons pas la main haute sur les Royaumes du Monde Souterrain, et que nous sommes dépouillés ensuite de tout ce que nous pensons détenir. Peu importe la leçon, je ne semblais pas trouver ma place dans tout cela.

Dans les rituels ou les ateliers, je tenais l'espace pendant que dix ou vingt femmes tissaient un dialogue avec la Déesse Sombre. Je pourrai témoigner, de ma position de retrait, de leurs larmes et de leurs peines, de leurs expériences réalisées, ou de la reconnaissance du pouvoir qui donne vie comme le printemps après l'hiver. A chaque fois, dans ma vie, quelque chose d'inattendue survenait. Une relation se brisant un jour avant un atelier, ou alors j'étais terriblement malade le matin. Il y avait toujours une crise énorme à gérer – et je ne le pouvais pas car je devais mener un rituel ou courir à un atelier- et je me sentais écartelée, et en lutte pour achever un travail. Je l'honorais encore et encore. Je m'humiliais même pour Elle et La prenais très au sérieux. Je parlais haut d'Elle, recommandant dans mes écrits et dans mon travail qu'il fallait comprendre que la Lumière n'est pas tout, que ce qu'il y a au-dessus et en-avant était limité en possibilités, que les plus grands trésors gisaient dans les endroits les plus sombres. Cependant la Déesse Sombre me talonnait sans cesse. Je ne pouvais voir de fin à cela, ou même avoir une pause, ou encore clarifier l'espace pour une relation entre Elle et moi.

Durant plusieurs années, je menais de nombreux rituels dédiés à la Déesse Sombre aux jardins du Puit du Calice à Glastonbury, GB. Après les heures d'ouverture, lorsque les portes étaient closes et que notre groupe de femmes se rassemblait avec des souhaits, des offrandes et le courage de L'appeler. Reconnaître Son pouvoir souterrain dans ce merveilleux cadre semblait très approprié et (je suis certaine que beaucoup d'autres personnes l'ont senti sur les terres de Glastonbury) il semblait que nous devenions un lien vivant tendu vers les temps anciens où l'obscurité était connue aussi intimement que la lumière et que les gens œuvraient et chantaient lors d'une cérémonie, en harmonie avec le pays.
A une occasion, nous avions créé un rituel progressif débutant au puit. Différents groupes de femmes occupaient les espaces : au puit, le long du ruisseau, aux porte, au bassin. Et à chaque étape, nous chantions et nous bénissions les unes les autres. Buvant l'eau ou laissant partir quelque chose. Une autre fois, nous étions rassemblées autour du puit, fredonnant et chantant durant un très long moment, transformant ce petit espace en paysage sonore dont le puit était le centre. Nous nous balancions et amplifions le son jusqu'à ce que nos voix s'élevèrent jusqu'à devenir des cris aigus se faisant écho encore et encore avant de faiblir et de s'adoucir à nouveau. Des personnes nous dirent plus tard qu'elles nous entendaient de la rue, par-delà les murs.

Le rituel-clef fut, pour moi, celui où nous progressions dans les jardins, du ruisseau au bassin jusqu'à la source. Il semblait que nous laissions des pans de nous-mêmes alors que nous avancions, et peut-être était-ce le cas. Quand nous atteignîmes le puit, nous nous préparions à faire les offrandes et, une par une, nous nous avancions. L'une s'agenouillait et déposait des fleurs, quelques baies à côté du puit, une autre s'avança et chuchota ses secrets dans les profondeurs du puit, d'autres pleuraient ou avaient le regard fixe, dans l'obscurité.

Quand ce fut mon tour, je m'avança lentement vers la grille couvrant l'entrée du puit. Je La sentais, je savais qu'Elle était là comme Elle l'avait toujours été dans ma vie, prête à se montrer et se balancer, prête à écraser tout ce que j'avais créé et tiré du sol sous mes pieds. Je me levai, toujours sur la grille du puit, et sentis l'obscurité sous moi, son immensité se tenant sous le petit puit des Jardins du Calice. C'était une caverne, un tunnel vers un endroit abyssal.

Alors que je me tenais sur cette grille, entourée de femmes et de fleurs d'été, une chose inattendue se produisit. Je n'abandonnais pas, ni énergétiquement ni d'une autre façon, sous Sa pression. Je l'aspirais en moi en fait – ou Elle fit de la place en moi d'une façon ou d'une autre- car soudainement je détenais Son pouvoir.  Il était dans mes mains, mon souffle, puis dans une impulsion, je L'ai sentie en moi. Dans cet instant d'intense puissance, j'ai levé mon pied droit aussi haut que possible, et avec une grande force, le poussais à travers cette énergie jusqu'à ce qu'il rencontre la grille à nouveau.

Assez, me suis-je dit, et je sentis que l'air autour de moi devenait différent.

J'avais attiré en moi puis expulsé l'énergie de la Déesse Sombre. Cela me laissant une impression d'accouchement. Malgré le peu de temps que cela dura, quelque chose avait changé. Nous n'étions pas sur un plan d'égalité. J'étais toujours un être humain et, Elle, la Déesse Sombre, mais j'avais été un réceptacle pour un instant et cela avait changé quelque chose. J'avais créé une place en moi pour Sa présence
Ce rituel fut une autre étape dans ma relation avec Elle.