lundi 28 mars 2016

Voici comment j'ai atteint la Déesse Sombre de Jane Meredith, Avalon Magazine n°1, 2011



Traduction et adaptation de Serpentine

Travailler avec la Déesse Sombre peut être difficile !

Il y a quelques années, bien que j’invoquais la Déesse Sombre à la fois pour moi et pour des rituels de groupe, bien que je Lui dédiais toutes sortes d'offrandes et que j'étudiais ses histoires et cherchais à voir le chemin qui menait à Elle, je sentais qu'Elle marchait auprès de moi. Peut-être est-ce Son rôle de nous rappeler que nous sommes poussières, que nous n'avons pas la main haute sur les Royaumes du Monde Souterrain, et que nous sommes dépouillés ensuite de tout ce que nous pensons détenir. Peu importe la leçon, je ne semblais pas trouver ma place dans tout cela.

Dans les rituels ou les ateliers, je tenais l'espace pendant que dix ou vingt femmes tissaient un dialogue avec la Déesse Sombre. Je pourrai témoigner, de ma position de retrait, de leurs larmes et de leurs peines, de leurs expériences réalisées, ou de la reconnaissance du pouvoir qui donne vie comme le printemps après l'hiver. A chaque fois, dans ma vie, quelque chose d'inattendue survenait. Une relation se brisant un jour avant un atelier, ou alors j'étais terriblement malade le matin. Il y avait toujours une crise énorme à gérer – et je ne le pouvais pas car je devais mener un rituel ou courir à un atelier- et je me sentais écartelée, et en lutte pour achever un travail. Je l'honorais encore et encore. Je m'humiliais même pour Elle et La prenais très au sérieux. Je parlais haut d'Elle, recommandant dans mes écrits et dans mon travail qu'il fallait comprendre que la Lumière n'est pas tout, que ce qu'il y a au-dessus et en-avant était limité en possibilités, que les plus grands trésors gisaient dans les endroits les plus sombres. Cependant la Déesse Sombre me talonnait sans cesse. Je ne pouvais voir de fin à cela, ou même avoir une pause, ou encore clarifier l'espace pour une relation entre Elle et moi.

Durant plusieurs années, je menais de nombreux rituels dédiés à la Déesse Sombre aux jardins du Puit du Calice à Glastonbury, GB. Après les heures d'ouverture, lorsque les portes étaient closes et que notre groupe de femmes se rassemblait avec des souhaits, des offrandes et le courage de L'appeler. Reconnaître Son pouvoir souterrain dans ce merveilleux cadre semblait très approprié et (je suis certaine que beaucoup d'autres personnes l'ont senti sur les terres de Glastonbury) il semblait que nous devenions un lien vivant tendu vers les temps anciens où l'obscurité était connue aussi intimement que la lumière et que les gens œuvraient et chantaient lors d'une cérémonie, en harmonie avec le pays.
A une occasion, nous avions créé un rituel progressif débutant au puit. Différents groupes de femmes occupaient les espaces : au puit, le long du ruisseau, aux porte, au bassin. Et à chaque étape, nous chantions et nous bénissions les unes les autres. Buvant l'eau ou laissant partir quelque chose. Une autre fois, nous étions rassemblées autour du puit, fredonnant et chantant durant un très long moment, transformant ce petit espace en paysage sonore dont le puit était le centre. Nous nous balancions et amplifions le son jusqu'à ce que nos voix s'élevèrent jusqu'à devenir des cris aigus se faisant écho encore et encore avant de faiblir et de s'adoucir à nouveau. Des personnes nous dirent plus tard qu'elles nous entendaient de la rue, par-delà les murs.

Le rituel-clef fut, pour moi, celui où nous progressions dans les jardins, du ruisseau au bassin jusqu'à la source. Il semblait que nous laissions des pans de nous-mêmes alors que nous avancions, et peut-être était-ce le cas. Quand nous atteignîmes le puit, nous nous préparions à faire les offrandes et, une par une, nous nous avancions. L'une s'agenouillait et déposait des fleurs, quelques baies à côté du puit, une autre s'avança et chuchota ses secrets dans les profondeurs du puit, d'autres pleuraient ou avaient le regard fixe, dans l'obscurité.

Quand ce fut mon tour, je m'avança lentement vers la grille couvrant l'entrée du puit. Je La sentais, je savais qu'Elle était là comme Elle l'avait toujours été dans ma vie, prête à se montrer et se balancer, prête à écraser tout ce que j'avais créé et tiré du sol sous mes pieds. Je me levai, toujours sur la grille du puit, et sentis l'obscurité sous moi, son immensité se tenant sous le petit puit des Jardins du Calice. C'était une caverne, un tunnel vers un endroit abyssal.

Alors que je me tenais sur cette grille, entourée de femmes et de fleurs d'été, une chose inattendue se produisit. Je n'abandonnais pas, ni énergétiquement ni d'une autre façon, sous Sa pression. Je l'aspirais en moi en fait – ou Elle fit de la place en moi d'une façon ou d'une autre- car soudainement je détenais Son pouvoir.  Il était dans mes mains, mon souffle, puis dans une impulsion, je L'ai sentie en moi. Dans cet instant d'intense puissance, j'ai levé mon pied droit aussi haut que possible, et avec une grande force, le poussais à travers cette énergie jusqu'à ce qu'il rencontre la grille à nouveau.

Assez, me suis-je dit, et je sentis que l'air autour de moi devenait différent.

J'avais attiré en moi puis expulsé l'énergie de la Déesse Sombre. Cela me laissant une impression d'accouchement. Malgré le peu de temps que cela dura, quelque chose avait changé. Nous n'étions pas sur un plan d'égalité. J'étais toujours un être humain et, Elle, la Déesse Sombre, mais j'avais été un réceptacle pour un instant et cela avait changé quelque chose. J'avais créé une place en moi pour Sa présence
Ce rituel fut une autre étape dans ma relation avec Elle.