jeudi 10 juillet 2014

Le culte de Bendis de Petra Janouchova

Le culte de Bendis à Athènes et en Thrace
De Petra Janouchova

Traduction par Serpentine



La déesse thracienne Bendis a été honorée dans l' Athènes classique au point que son culte devint très populaire aux Vème et IV ème siècles av. JC.
Cet article explore les relevés historiographiques et archéologiques disponibles sur l'existence de ce culte étranger dans la cité grecque, et le compare au relevés en pays thracien.
Ces relevés se limitent à une source grecque, ainsi une combinaison de preuves archéologiques et iconographiques a dû être réalisée dans le cas de la Thrace.
Le but de cet article est de déterminer et de débattre de l'uniformité ou des potentielles divergences dans la représentation de Bendis, aussi bien dans un nouveau contexte que sur sa terre natale.
Les relations entre Bendis et sa contrepartie grecque n'ont pas été écartées.

La déesse Bendis est habituellement perçue comme une proto-divinité thracienne typique dont le culte fut mis en avant à Athènes durant le V ème siècle. L'image donnée par les auteurs grecs est une des plus complètes et cohérentes représentations concernant les divinités thraciennes.
D'autre part, les sources du pays d'origine de Bendis sont inexistantes ou confuses. Le fait est que nous n'avons aucune source littéraire thracienne, ce qui amplifie les divergences d'interprétation des preuves archéologiques et épigraphiques qui manquent d'uniformité dans cette étude sur la complexité de Bendis.
Cet article présente l'image dichotomique de Bendis, telle qu'elle est perçue à la fois à Athènes et en Thrace. Il tentera de rendre un portrait cohérent afin de comprendre la nature de cette déesse thracienne.

Bendis en Attique

En premier lier, j'explorerai la représentation du culte de Bendis dans le monde grec, plus particulièrement à Athènes.
Le culte de Bendis de Thrace est mentionnée dans la première moitié du VI ème siècle par Hipponax. Elle est comparée à Kybele. Une autre occurrence dans la pièce de Cratinos, Les Femmes thraciennes, et dans celle d'Aristophane, Les Femmes de Lemnos, laissent supposer que Bendis était déjà bien connue des athéniens dès la seconde moitié du V ème siècle.
Une des plus importantes mentions provient du philosophe Platon rapportant l'existence d'un culte à la fin du V ème siècle. Dans la République de Platon, Socrate raconte une aventure de la nuit précédente durant laquelle il alla prier avec son ami Glaucon au Pirée, et qu'il vit la procession du festival de Bendideia au port. Ils rencontrèrent incidemment Solermantus et Polemarchus qui expliquent à Socrate la course de chevaux à la torche et la célébration qui durera toute la nuit.
Il est ensuite convaincu de rester pour la course de chevaux. Quand Socrate évoque la procession, il mentionne son désir de voir de quelle façon elle est réalisée cette inauguration au Bendideia.
En accord avec la datation épigraphique, nous savons que l'introduction du culte de Bendis se situe aux alentours de 429/430, ce qui la rapproche de l'alliance établie entre les athéniens et le roi thracien Sitalkes.
Les athéniens souhaitaient conquérir Chalcis et les pays frontaliers à la Thrace, en se débarrassant éventuellement du macédonien Perdicas et des thraces, notamment le roi odyssien Sitalkes qui possédait une armée entraînée de soldats et de cavaliers.
Pour gagner les faveurs de Sitalkes, Athène garantit la proxenia à Nymphodoros d' Abdère qui avait épousé la sœur du roi odyssien. Nymphodoros aida à conclure l'alliance entre Sitalkes et Athénes, et comme garantie de cet accord la citoyenneté athénienne fut accordée au fils de Sitalkes, Sadokos.
Il semble possible qu'en accord avec ce partenariat, le culte de Bendis fut introduit à Athènes pour renforcer le lien récemment établie.
Le fait d'introduire une divinité étrangère et les incorporations subséquentes au sein de la religion étatique fut sans précédant, et peut avoir même suscité des bouleversements dans les groupes religieux d'Athènes.
La raison d'un tel changement de la religion athénienne n'était pas motivée cependant par la religion mais par la politique. Comme mentionné plus haut, cette acte ne fut qu'une concession diplomatique afin de s'attirer les faveurs et ressources du roi thracien.
La Thrace était connue pour sa position stratégique et Athènes avant tenté à plusieurs reprises de prendre le contrôle des pays thraciens dès le VI ème siècle. L'alliance avec Sitalkes fut l'une de ces tentatives.
La date ante quem de l'introduction de Bendis est déterminée par une inscription ( IE/383 en date de 429 av JC ) mentionnant la trésorerie liée au culte de Bendis, suggérant que ce dernier était déjà établi à cette date.
En 404, nous avons la certitude de l'existence d'un sanctuaire dédié à Bendis au Pirée (XEN, hell, 2, 4, 11 .) localisé dans la partie orientale du port, à proximité du temple d'Artémis Mounychia.
Nous savons par d'autres sources épigraphiques que les thraciens reçurent un terrain pour y ériger un temple à leurs dieux au sein d'Athènes, comme le demanda l'oracle de Dodone.
L'organisation de cet événement fut à la charge de deux groupes religieux (orgones) qui avaient également le pouvoir de commander des inscriptions (eg / G II 1283 ) : une de la part des athéniens, une autre de celle des thraciens, probablement métèques.
Les thraciens furent autorisés à honorer Bendis selon les coutumes de leur pays et selon la loi d'Athènes. Le festival était célébré les 19 et 20 du mois de thargelion, avec comme événement principal le jour de la procession (pompe) qui débutait au prytané pour finir au sanctuaire sis au port. La course aux torches du soir et la célébration nocturne étaient suivis d'un sacrifice dans le sanctuaire.
L'inscription IG II 1283 confirme également l'incorporation de ce festival dans le système religieux athénien. Plusieurs dispositions officielles existaient afin de financer la célébration. La date de cet acte était probablement plus tardive que l'introduction du culte lui-même, et une des dates possibles pourrait être 413, comme évoqué précédemment.
Le sanctuaire du Pirée ne fut pas le seul de l'Attique. Un petit sanctuaire privé a peut-être été localisé à Laurion et aurait été en fonction à la fin du IV ème siècle. Plusieurs statues votives et une inscription au pied de l'une d'elles (SEG 39, 210 à 300) furent découvertes dans des mines d'argent où des thraciens travaillèrent.
Un autre culte actif fut confirmé par des inscriptions sur l'île de Salamine (IG II 1317 b ; SEG 2, 9 ; 2, 10 ; 44, 60, milieu du IV ème siècle ), sous la forme de décrets publiés par un corps organisateur (thiase) composé de non-citoyens aux origines et affiliations inconnues.

Iconographie de Bendis et son association à Artémis

Peu d'ex-voto représentant Bendis furent trouvés dans les sanctuaires susmentionnés. Elle fut également représentée sur la vaisselle en Attique parmi d'autres divinités, comme sur une coupe datant de 430 environ ou encore sur un skyphos de la fin du V ème siècle.
Sur une représentation retrouvée en Attique, Bendis apparaît vêtue d'un chiton court avec une ceinture et un manteau (zeira ), une cape en fourrure de renard (alopkeis) et des bottes. Souvent brandissant deux lances ou d'autres armes, elle semble prête pour la chasse.


La représentation avec la double lance est particulièrement importante car les sources littéraires dépeignent Bendis comme dilonkhos (avec deux lances). Quelquefois elle brandit une patera dans sa main, ou d'autres récipients destinés à recueillir le sang des taureaux sacrifiés. Ainsi par ses caractéristiques, elle a été fréquemment identifiée à la déesse de la chasse Artémis.
En plusieurs occasions, elle est aussi associée au héros guérisseur, Deloptes, trouvé non loin d'elle sur des reliefs ( tel celui du Carlsberg Glypotek, Copenhague, IN 462, 329 – 328 av JC où Bendis reconnaît deux serviteurs du temple pour leur piété. ) montrant une procession d’athlètes nus (probablement les vainqueurs de la course aux torches) du festival Bendideia.


Bendis y est représentée telle Artémis avec tous les attributs de la chasseresse.
La ressemblance frappante entre Bendis et Artémis était bien connue durant l'Antiquité. Mais pour découvrir la nature de cette ressemblance, il est essentiel de comparer maintenant Bendis à Artémis Mounychia, particulièrement par le biais de leurs sanctuaires dont la proximité sur le port est loin d'être accidentelle.



Dans la littérature classique et les traditions tardives, Artémis était dépeinte comme une chasseresse, une sauvage et indomptable divinité de la nature, une jeune vierge. Artémis Mounychia, cependant, différait de cette image classique. Les caractéristiques de cette Artémis particulière étaient en fait plus semblables que celles de la déesse lunaire Hécate et de son culte.
Dans la tradition classique, le jour dédié à Artémis était le 6 ème du mois, toutefois le festival de Mounychia avait lieu le 16 ème jour du mois de Mounychion. Lors de la pleine lune qui est aussi un élément du culte à Hécate.
Durant la procession de Mounychia, des gâteaux ronds décorés de petites torches étaient offerts à la déesse, une correspondance directe avec la course aux torches du culte de Bendis. Un autre fait au sujet des croyances pré-classiques est que le sanctuaire d'Artémis Mounychia a toujours été lié au culte d'Artémis Brauronienne, honorée par de jeunes athéniennes non mariées qui se déguisaient en ourses.
Il est dit que l'ourse est le seul élément originel ayant perduré du culte artémision dont les origines remonteraient au néolithique, une période plus proche de la nature, de la vie sauvage, de la protection de la vie et des pouvoirs de guérison. Les filles de Mounychia rendaient leur culte de la même façon que celles de Brauron, et ce fait nous est suggéré comme étant la pratique la plus ancienne dans le culte rendu au Pirée, probablement avant les guerres perses.
C'est dans ce contexte de proximité avec le culte d'Artémis Mounychia que nous commençons à comparer puis reconstituer les caractéristiques que le culte de Bendis put avoir à Athènes.
En étudiant les sources, il apparaît qu'Artémis Mounychia était alors une divinité protectrice connectant les femmes au cycle lunaire, représentant le mariage et la fertilité ainsi que la protection de l'homme et de la nature.

La proximité physique des temples de Bendis et d'Artémis Mounychia, ainsi que les similarités des activités tenues lors des festivals (comme la torche en relation avec le cycle lunaire) suggère un lien sur l'orientation de ces cultes, s'agissant là d'une considération essentielle pour toutes les explorations sur le culte de Benddis dans un contexte étranger.
Bendis, avec ses trois sanctuaires et sa célébration annuelle, devint alors l'une des divinités étrangères les plus populaires en Attique durant la période classique bien que son introduction est liée aux affaires étrangères et diplomatiques en Méditerranée plutôt qu'à une volonté athénienne d'accepter une divinité thracienne peu connue dans le système religieux étatique.
Son culte était très populaire comme en atteste la célébration de Bendideia au Piré, un festival décrit par Platon même.
La dernière référence à ce culte date du III ème siècle puis il semble disparaître pour des raisons inconnues. Nous sommes très bien renseignés sur l'organisation du festival de Bendideia par des sources grecques variées, cependant la nature du culte et sa relation à Artémis demeure un puzzle qui ne sera peut-être jamais complété. Par des preuves à la fois directes et indirectes, il apparaît que Bendis était souvent associée à Artémis pour leurs caractéristiques communes. La période précédant la période dite classique, Artémis est connue non seulement comme chasseresse et en tant que jeune femme assoiffée de sang mais aussi comme déesse de la nature et protectrice de cette dernière. Elle était originellement une déesse terre associée à la vie sauvage et à la naissance, ainsi que dans le culte d'Artémis Mounychia. Par l'influence contextuelle, son image évolua vers celle d'une sauvage chasseresse dont le sacrifice humain dans le culte joua un rôle malgré la nature différente du culte originel.

En conséquence, sur la base des preuves et des similarités entre les cultes d'Artémis et de Bendis, nous pouvons penser que Bendis fut perçue par les Athéniens comme une divinité protectrice proche de la nature et des cycles féminins.

Bendis en Thrace

Comme il a été mentionné précédemment, il est nécessaire de prendre en compte l'athénocentrisme des textes historiques décrivant le culte de Bendis. Aucune source littéraire thracienne ne nous est parvenue, ainsi la seule perspective historique que la Thrace est grecque.
Hérodote évoque brièvement les thraciens au début de son cinquième livre ( 5.3 – 5.10 ) où il décrit la religion thracienne en deux phrases à peine. Il déclare que les thraciens ne croient en aucun dieu à l'exception de Dionysos, Arès et Artémis. Les nobles honorent également leur ancêtre, Hermès.
Bendis n'est pas mentionnée une seule fois bien que les érudits soutiennent uniformément qu'Hérodote, dans ce passage, décrivait Bendis qui était souvent identifiée à Artémis.
La raison possible pour laquelle Hérodote choisit de décrire la déesse comme étant Artémis à la place de Bendis était dû à son lecorat largement grec pour lequel il était plus aisé d'envisager une représentation d'Artémis plutôt que celle d'une déesse thracienne inconnue.
La preuve de l'existence d'un culte de Bendis n'est attesté nul part en Thrace. Titus Livius mentionne un temple dédié à Bendis (Liv. 38.41.1) mais aucunement si le culte était actif durant la période romaine. Jusqu'à ce que ce temple soit découvert, nous savons seulement de façon approximative qu'il est sis non loin de la rivière Hébrus (Maritsa ) dans les environs de Cypsela.
Aucun autre lieu de culte ou sanctuaire en Thrace lié à Bendis n'est connu actuellement. Les temples dédiés aux divinités hellènes identifiées à Bendis seront signalés à la suite.
Les documents épigraphiques survivant provenant de Thrace ne confirment pas également un culte de Bendis. Aucune dédicace à la déesse n'a été mis à jour, et la seule preuve tient en quelques exemples tirés du nom Bendis, sans être jamais adressés à la déesse dans un contexte religieux.
Dans la région égéenne, des noms propres dérivés étaient en usage tel que Bendidoros, Bendidora, Bendipharés, Bendizeta, Debabenzis et d'autres encore. Géographiquement, la répétition de ces noms est limitée aux régions voisines de l'Attique et de la Thrace telles que l' Eubée, la Macédonie, Thasos, Aimos, en Maronée, Byzance et les régions du nord de l'Asie Mineure.
Ces monuments épigraphiques sont habituellement datés des périodes hellénistique et tardives, mais rien ne peut être dit sur l'existence d'un culte durant la période classique.
Les onomasties du nom peuvent laisser supposer de façon indirecte de l'existence d'un culte. La seule trace épigraphique révélant une possibilité d'un culte vient de Samothrace, une île souvent associée aux colons thraciens.
Récemment publié, un graffiti donne une piste, dans le cadre d'une restauration, d'une possible dédicace à Bendis démontrant ainsi l'existence d'un sanctuaire sur Samothrace. Comme le nom de la dédicace est une supposition d'une restaurateur et qu'il s'agit de la seule occurrence présente sur l'île, l'existence dudit sanctuaire reste encore à prouver par des recherches approfondies ultérieures. Cela ne peut donc être pris comme un fait irréfutable.

Iconographie de la Bendis thracienne

Le fait que le culte de Bendis n'est pas mentionné dans la culture écrite ne signifie pas qu'aucune matériel n'apporte aucune lumière sur la présence de la déesse en Thrace. Malheureusement la seule iconographie connue provient de l'Attique et non de Thrace.
D'un autre côté, nous avons plusieurs monuments épigraphiques thraciens arborant un relief de divinité féminine habituellement identifiée comme Artémis, Artémis Basileia et quelquefois comme Bendis la Grande Mère.
Aucune de ces œuvres cependant ne mentionnent spécifiquement Bendis. La seule preuve de sa présence tient dans les ressemblances figuratives basées sur l'iconographie en Attique.

Sur la base de l'étude de ces reliefs, nous pouvons dégager deux catégories iconographiques.
La première est celle d'Artémis-Bendis hellénisée. Cette figuration provient des périodes post-hellénistiques où elle est toujours associée à la déesse grecque de la chasse Artémis.
Les reliefs d'Artémis-Bendis apparaissent sur des tablettes votives du sud-ouest de la Bulgarie, de la vallée de Struma et les rivières Vartar et Mest, l'ouest de Rhodopes et les environs de Philoppopolis, datant le plus souvent du II ème et III ème siècles. La déesse est iconographiquement similaire aux reliefs connus d'Artémis dans le monde grec. Elle est représentée vêtue d'une robe courte, de bottes hautes et d'une cape de fourrure. Souvent armée d'une lance ou d'un arc, accompagnée de chiens ou de daims.
Le contenu des inscriptions la décrivent comme une divinité protectrice des enfants, kourotrophos, et les monuments arborent souvent des dédicaces par des cavaliers thraciens.

Le second type iconographique est celui de Bendis la Grande Mère. Cette représentation pourrait remonter à une période pré-grecque dont la tradition a survécu jusqu'à la période romaine. Depuis lors nous n'avons aucune écrit ou trace épigraphique sur cette divinité demeurant anonyme (La Grande Mère). Toutefois d'autres divinités sont connues pour leurs ressemblances iconographiques avec la Grande Mère (Potnia Theron, ou Mère Nature ou la Kybele phrygienne.
Cette déesse est proche du culte de la fertilité, des unions et des accouchements, ainsi que de la protection des animaux, de la végétation et de la Nature en général.
Ces caractéristiques sont identiques à celle d'Artémis en période archaïque et de l'Artémis Basileia décrite par Hérodote dans le culte de fertilité rendu par les jeunes filles thraciennes et péoniennes.
Suivant le type iconographique, la divinité féminine est occasionnellement représentée avec des attributs rattachés au culte de la fertilité, tels que des pommes de pins et des épis de blé.
Sous l'influence orientale, Bendis était souvent identifiée à des divinités nocturnes : Cottyto, Cybele et Hécate. Ces divinités étaient souvent associées au cycle de vue et à la fertilité des femmes. Egalement réputées pour les danses orgiaques nocturnes et leurs célébrations. Ces déesses étaient connues pour leurs liens avec la magie noire/sombre et au monde souterrain.
Sur l'île de Lemnos, les adorateurs de la Grande Déesse (Aristophane, Les Femmes de Lemnos, frg 368) pratiquent la magie noire/sombre accompagnée de sacrifices humains.
Le lien entre la Grande Déesse de Lemnos et Bendis est traditionnellement accepté. Il est souligné par une représentation de la chasseresse sur un fragment de poterie de Lemnos datant de la période archaïque. Comme dans le cas de la Grande Déesse des sanctuaires sont souvent dédiés à d'autres divinités féminines présentant des caractéristiques semblables tout comme dans le culte de Bendis en Thrace.
Ces sites sont sis aux frontières de la Thrace dans des secteurs où des ethnies grecques et thraces cohabitèrent. A Oisyme et Neapolis, au VI ème , un petit sanctuaire est dédié à Parthenos, habituellement identifiée à Athéna ou Artémis.
La situation est identique dans le cas d'Artémis Phosphoros à Odessos. Ce qui est accrédité par uen dédicace à Phosphoros (IG Bulg I2 88, 2, II ème – I er siècles). La présence de Phosphoros est aussi avérée à Byzance où Bendis est couramment identifiée à la fois à Artémis et Hécate.
D'autre part à Abdère, Bendis est seulement associée à Hécate. La raison de ces associations est que les cultes de Phosphoros et Hécate sont éclairés par des torches lors des célébrations nocturnes, tout comme dans celle de Bendis à Athènes. Phosphoros, signifiant « porteuse de torche » ou « dispensatrice de lumière », est accordé à Artémis, Hécate et Eos.
En terre thracienne, le culte de Phosphoros fut attesté à Kabyle, l'une des cités royales hellènes du III ème Siècle par l'inscription SEG-42 : 6661, 300-320 av JC. Malheureusement la localisation du sanctuaire de Phosphoros demeure inconnue bien que la typologie iconographique soit bien connue des monnayeurs de Kabyle. La divinité féminine apparaît tenant une patera et des torches allumées qui deviennent l'un des symboles de la cité durant l'Antiquité.


Les pièces de monnaie frappées par les dirigeants de Kabyle adaptent cette iconographie. Bien que le culte de Phosphoros soit couramment identifié à celui d'Artémis, quelques uns des ces attributs relèvent aussi à celui de Bendis. En particulier la torche longue ressemblant à une lance, le chiton court et la patera tenue dans une main.


Conclusion


Le caractère et le développement du culte de Bendis en Attique est prouvée tant par des sources littéraires qu'archéologiques. Elles présentent Bendis comme un équivalent thracien d' Artémis, divinité de la nature sauvage et protectrice de la vie. Leurs iconographies sont similaires.
L'iconographie de Bendis semble dériver de celle d'Artémis, avec, cependant, quelques spécificités telles que l'habillement phrygien et la double lance.
Le culte de Bendis devint très populaire en Attique au IV ème et III ème siècles av. JC et s'étendit aux régions voisines. Le festival annuel de Bendideia devint partie intégrante de la religion officielle à Athènes au V ème siècle. Le caractère de cette célébration suggère une proximité avec Artémis Mounychia, dont le sanctuaire est sis non loin de celui de Bendis au Pirée.
Notre compréhension de Bendis à Athènes est aussi complète que celle sur les autres divinités grecques de la période classique, avec beaucoup de représentations dans la littérature grecque et autant de preuves matérielles. Cela suggère un culte communément accepté par les autochtones en dépit de son origine étrangère.
Cependant la situation en Thrace apparaît un peu plus complexe. Bendis était connue dans le monde grec comme une divinité thracienne. Une de celles qui pourrait générer dans son pays d'origine de nombreuses preuves sur son culte et sur elle-même. Toutefois nous n'avons aucune preuve directe de la présence de Bendis en Thrace. L'unique information provient des frontières du pays et, plus tard, dans les contextes helléniste et romain. Les preuves archéologiques et épigraphiques présentent souvent une image incomplète de cette divinité. Dans plusieurs contextes, cette dernière est influencée et identifiée à Artémis, Hécate, la Grande Déesse, Phosphoros et d'autres encore.
L'équivalent le plus proche iconographiquement est la déesse grecque Artémis. La majorité des preuves iconographiques cependant provient de la période romaine, très religieuse et syncrétique.

En conclusion, notre compréhension du culte et de l'image de Bendis en Thrace est problématique car elle repose à l'évidence par rapport à son foyer originel sur une distance spatio-temporelle. Nous savons que Bendis fut adorée à Athènes sans qu'il n'y ait aucune preuve qu'elle le fut en Thrace au V ème siècle.

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