Si vous preniez l'instant de repenser à ces films étrangers doublés en français ? Avec un peu d'attention, vous vous apercevez du décalage entre la bouche des acteurs et le doublage.
Et si vous preniez maintenant un temps supplémentaire pour considérer que le festival de théâtre dédié à Dionysos fut aussi de la magie son, de l'Air ?
Je vous invite à suivre aujourd'hui le long du chemin spiralé de mon esprit sur l'Air, le Souffle et le Son
Bonne lecture !
La magie de l'Air est parfois sous-côtée. Pourtant cet élément est présent sur toute la surface de notre planète. Bien à l'abri d'un bouclier participant à la cohésion de l'atmosphère contenant, entre autres, le précieux oxygène dont la présence a permis bien des choses dans notre coin de galaxie.
Soulever le vent, provoquer des tempêtes semblent être, dans beaucoup d'esprits, les aspects les plus connus, et peut-être, les seuls identifiés clairement dans cette magie . Mis à part, bien évidemment, la fabrication de l'encens et de son usage avec les connaissances que cela implique.
Nous portons cette magie de l'Air en nous. Elle nous berce in utero, au rythme du cœur, dans la chaleur de la matrice. Elle résonne dans nos oreilles à travers les rires de celleux qui nous portent depuis notre premier souffle, matérialisant la part de pneuma allouée à notre naissance. Celle qui animera notre âme et rythmera notre vie.
Notre premier souffle est guetté, célébré. Les poumons se déploient douloureusement, à notre propre surprise. Notre corps plonge dans un royaume sec où les sons sont perçues plus nettement. Parfois avec la précision d'un scalpel.
Nous découvrirons au cours de notre vie que nous ne les percevons pas tous, que nos champs d'action et de réceptivité sonores sont limités.
Nous comprendrons que les applications possibles dans ces champs susmentionnés offrent une liberté extraordinaire. Susurrer, chuchoter, crier, se lamenter,... ; l'expression imprimée dedans génère une force capable de blesser, de faire pleurer, d'enchanter, de provoquer le rire.
Les mots, gravés dans l'invisible matière, devenant des souvenirs intenses et inoubliables.
Faire un vœu pour son anniversaire en soufflant une bougie. Une pratique courante, banalisée que peu perçoivent d'une autre façon. Une anecdote à ce sujet : une de mes sœurs a gardé toutes les bougies d'anniversaire de ses enfants. Elle reconnaît la force de cet instant rituel autour du souffle annuel recréant métaphoriquement celui du premier cycle respiratoire vécu. Le moment de souffler la bougie devient un charme pour l'année à venir alors que nous éteignons la flamme de l'année échue.
Il y a autant de puissance dans notre dernier souffle. Il peut être à la fois craint et désiré. Râle ou soupir, il est le dernier mouvement avant le franchissement du Voile.
La magie du Souffle est la premier reçue et la dernière rendue.
Dans la pratique sorcière, j'ai pu entendre de tout concernant la magie de l'Air, notamment à propos les textes rituels. Souvent (très souvent, voire trop souvent) dans la pratique, un texte est estimé bon, et puissant si il vient du cœur, même très mal écrit. Faisant ainsi fi de tournures efficaces répétées depuis des décennies. Pourtant, même si il ne s'agit que de traductions, elles sont un héritage toujours réactivé à chaque fois qu'elles sont prononcées. La transmission au long cours d'un corpus de textes atteste que le texte intrinsèquement possède les qualités requises pour atteindre un objectif. Cela peut être très utile dans un cadre dévotionnel ou une tradition spécifique. Bien que cela nie une part, à mon sens, essentielle qui va au-delà du cadre littéraire puisque je suis dans l'idée de liée la chair, l'esprit et le souffle.
Cependant il est clair que tout le monde a des capacités et des envies uniques sur ce domaine. Le fait de se sentir illégitime sur la création littéraire, et, de facto,de texte rituel, est un frein terrible pour expérimenter ou remanier un texte.
Surtout quand il existe des textes à rallonge capables de donner des ampoules et des entorses aux langues même les plus habiles à force de trébucher sur des mots mal utilisés.
La rime et la maîtrise métrique sont des plus. Toutefois, gérer le souffle et le rythme s'avèrent tout autant efficaces.Notamment sur les exemples qui vont suivre.
La litanie (prière courte et répétitive composée de plus d'une phrase) et le mantra ( une phrase courte ou séquence de sons résumant un concept /une énergie) se révèlent alors incroyablement puissants pour peu qu'ils soient suffisamment incarnés et projetés avec efficacité.
Là, il est nécessaire devenir très prosaïque. Comment un son vibre dans notre corps ? A quelle hauteur ? A quelle vitesse ? Est-ce qu'un son sigillaire est efficace ? Avons-nous besoin d'une structure grammaticale classique ? Faut-il que ce soit très simple ou métaphorique ?
Sans oublier la prosodie que je pourrais qualifier de « sorcière », en extension du Souffle de Pouvoir.
Nous avons tous une prosodie qui nous est propre. Celle qui donne une personnalité unique à notre communication. Rythme, timbre, élocution, respiration. En hypnose et en sophrologie, la structure d'une séance repose en grande partie sur cet outil.
Cette prosodie est plastique en fonction du contexte, des interlocuteurices et des émotions.
Rappelons-nous maintenant les déclamations extatiques lors de rituels collectifs, les incantations prononcées avec emphase lors de célébrations inter-cercles. Qu'avons-nous ressenti ? Cela sonnait-il juste ? Est-ce que certaines personnes transmettaient plus facilement que d'autres l'énergie du moment ? Pourquoi ?
Si il n'y avait pas de parole et qu'un instrument était utilisé, quel rythme a fait basculé le moment de séculier à sacré ?
Le souvenir de voyages scolaires où tout le bus frappait des pieds sur le sol, des mains sur les cuisses sur We Will Rock You de Queen.
Les poils qui se dressent, l'euphorie élévatrice de l'énergie du groupe. Ça ! c'est une expérience de base qui donne un indice sur ce qui peut être attendu en magie de l'Air.
J'ai pu suivre des rituels en ligne qui m'ont octroyée des frissons et des rituels en présentiel qui m'ont laissée sur ma faim malgré l'expertise des personnes les dirigeants, car cette magie initiale n'était pas au rendez-vous.
Le son a une valeur indissociable du souffle et de la manière dont l'énergie est placée dedans.
Ajoutons à cela un contexte religieux comme un serment. Vinciane Pirenne-Delforge établit qu'un serment est « un geste vocal ». Les mots valent alors le sang dans un serment. Peu importe la qualité du ou des témoins. Il est tout le contraire d'une parole en l'air.
Un serment, prononcé avec ce qu'il faut de pneuma, lie notre âme avec autant d'efficacité qu'une offrande de sang qui sera alors plutôt l'expression physique de la volonté d'incarner encore plus la parole donnée.
J'ai eu le plaisir d'écouter il y a quelques années un entretien mené par Lucy d'Ange de Gaïa. Une jeune femme prénommée Habiba relatait son expérience du silence en qualité de jeûne sonore (le lien est bas de l'article si vous souhaitez visionner cette discussion hyper intéressante .). De la façon dont elle communique différemment, de la valeur accordée à la parole, et donc au son.
Oui, ça rejoint cette idée de vœu de silence que certaines personnes religieuses appliquent. Est-ce que cela renvoie à l'idée que toute parole doit être soupesée ? Est-ce que cela redonne toute sa puissance au son, au verbe ?
Ma réflexion me fait rebondir sur cette notion « des mots de pouvoir ». S'abstenir de paroles inutiles avant un rituel, s'octroyer un temps de silence plus ou moins long avant tout acte magique, cela rendrait-il à nos propres oreilles une qualité perdue d'écoute loin de celle recevant nos logorrhées quotidiennes ?
Serions-nous alors proche de ces trois coups de brigadier précédent le silence annonçant le début de la pièce ? Augmentant ainsi la qualité de l'impact des premiers mots ?
J'avoue ne pas pratiquer le jeûne sonore. Mais l'idée d'une retraite sorcière silencieuse est tout à fait tentante. Ne serait-ce que pour avoir un contact plus prolongé avec le son de mon souffle.
Avez-vous été seul.e en voiture et, parfois, avoir conduit plusieurs heures sans radio, ni podcast ? D
J'arrive sur la dernière ligne droite : ce qui a trait à la pratique de façon concrète.
Selon notre façon de projeter notre souffle, il peut être chaud ou froid, large ou ciblé. Les qualités prêtées à ses variations peuvent être incluses dans ce qui suit, en fonction de l'objectif.
Si l'expiration peut charger/diffuser/ disperser ; l'inspiration peut neutraliser /assimiler/drainer.
Il peut être lent, rapide, doux, brutal, indétectable ou audible.
Cela avec le souffle seul ou accompagné d'un son qui le diffuse (une lettre ou une syllabe germe, un chuintement etc...)
Attention sujet sensible : l'extinction d'une bougie par le souffle.
Oui. Pas d'éteignoir, pas de doigt mouillé. Le sacrilège !
Nenni. D'autant si c'est une bougie utilisée dans le cadre d'un charme, et non une bougie d'autel dont il faudrait conserver / fixer l'énergie du Feu.
Le souffle ici peut diffuser ou disperser selon les cas.
Par exemple, répandre une lumière de protection avec un souffle chaud et large, purifier un objet.
D'autres cas: chuchoter à ses ingrédients et souffler avec précision pour les charger, souffler / susurrer son sort dans chaque nœud de son échelle sorcière et le fermer sur la fin de l'expiration, aspirer l'énergie des témoins physiques (cheveux, rognure, autres) avant de les jeter, inspirer l'énergie d'une réserve prévue à l'avance pour un rituel complexe (et pas celle des potes. Merci pour elleux.), placer une pierre ou plante sous la langue et charger son souffle ou sa parole avec. La seule limite est l'imagination ici.
Même concentrer ou récupérer une énergie pour la replacer sur un autre élément peut se faire.
Pour les personnes fumeuses, souffler une fumée inhalée dans un but de purification peut s'intégrer dans la pratique. Il est possible de faire usage de beaucoup de plantes de nos régions de cette façon.
Bien sûr, ce n'est pas un encouragement au tabagisme.
La Magie du Souffle est sobre. Elle demande de la concentration et un bon mental.
Nul besoin de devenir professionnel.le du chant diphonique polyphonique ou une pointure en poésie.
Il suffit d'essayer sans porter de jugement sur soi et la performance attendue durant les premiers temps.
Merci
pour votre écoute. En attendant, la prochaine réflexion, que ce
qu'il y a de plus favorable vous soutienne au quotidien.