Lorsque j'ai décidé de changer mon rapport à ma présence sur les réseaux, j'avais établi une liste de sujets dont celui-ci.
Puis de nouveau des feux titanesques, la canicule, les cours d'eau asséchés. Pleurer est -il encore utile ?
J'ai
un rapport aux saisons qui est assez particulier. Les célébrations
les plus connues ont toujours été un peu vides. Je ne suis pas
agricultrice, je ne vis pas de labours, de récoltes et de chasses.
Tout comme je ne suis ni artisane, ni cheffe spirituelle.
Être une femme française païenne de ma génération, c'est tenter d'avoir conscience que ma vie n'est pas un fantasme pseudo-médiéval, entourée de livres me maintenant dans un imaginaire quasi puéril, ou tout du moins me poussant à vivre coupée de la réalité de mon quotidien.
Avoir de la reconnaissance pour la Terre exsangue et ce qui lui ait arraché est devenue un peu problématique à mon sens. La surexploitation, les pollutions, la négation des écosytèmes, de leurs rythmes, j'ai du mal à avoir de la gratitude pour cela.
Entrer dans une bataille contre les normes, les systèmes issus de notre société me semblent bien plus approprié que de couper une pomme en deux en guise d'offrande un jour de moisson. Même si cette pomme est bio.
Les seules récoltes que je célèbre sont celles de ma main ou de mon esprit et cela n'obéit à aucun calendrier.
Certes, les traditions pourrions-nous dire. Mais là aussi, ma pensée se révolte. Elles nous ont menés à « aujourd'hui », et gémir en robe de cérémonie après un rituel sur notre triste monde me semble déplacé. Presque hypocrite.
Ici et maintenant, je ne peux que me raccrocher aux cycles célestes qui ne peuvent être bouleversés que si c'est le cosmos lui-même qui en décide. Parce que les saisons, leur roulement, sur toute la surface de la Terre, se modifient. Une lente redéfinition qui vient interroger nos calendriers cérémoniels, notre rapport à notre monde physique, le fait d'honorer les productions humaines ou non.
Actuellement, mon cheminement spirituel suit une route où les panneaux indicateurs sont rares puisqu'il s'agit d'une civilisation disparue dont les traces sont infimes, l'écriture, indéchiffrable. Ma posture m'amène à en extraire des micro-panthéons avérés ou construits sur la base de quelques éléments dans une démarche mytho-poétique.
La pratique proposée pour raviver cette flamme est essentiellement basée sur une vie qui ne sera jamais la mienne (l'agriculture et la pêche notamment). Néanmoins la part céleste demeure.
Ce recentrage sur la spirale luni-solaire en temps que calendrier strict s'est amorcé il y a une petite douzaine d'années. Il n'y a pas eu un groupe que je n'ai fréquenté qui n'avait pas un rapport, même lointain avec cette dynamique lune-soleil. Tôt ou tard, nous nous prenons d’intérêt pour le trio que la Terre forme avec cette dernière . j'ai toujours été extrêmement surprise par les réticences à adopter ce rythme plutôt que les dates arbitraires du calendrier grégorien.
La présence du calendrier luni-solaire à travers le monde, dans de très nombreuses civilisations, anciennes et récentes, le rende extrêmement précieux alors que tout change. Est-ce qu'il peut avoir de la valeur pour ce qu'il porte en lui-même ? D'envisager de séparer la saisonnalité de la spirale luni-solaire ?
J'ose croire à raison qu'une partie de mon lectorat s'est peut-être déjà interrogée en ce sens. Après libre à chacun.e de rester sur les systèmes utilisés de nos jours ou si l'audace les poussera vers une mise en œuvre malgré les inconnues inhérentes à cet exercice.
Qu'est-ce qu'une saison ?
En Europe occidentale, nous avons peu ou prou une saisonnalité perçue comme dominante. Quatre saisons ayant des caractéristiques bien établies. Pourtant nous ne pouvons que constater, avec tristesse, que les anomalies se multiplient. Les sécheresses historiques de jadis du temps naguère sont quasi annuelles pour quelques régions, les pluies colériques emportant tout se déversent abruptement sur des terres incapables de les encaisser.
Comment honorer ce qui disparaît ? C'est une des questions sous-jacentes qui revenaient tout au long de mes pratiques.
Les morts sont sûrs. Ils ont existé, poursuivent leur œuvre d'une autre façon après la mort.
Mon corps existe. Faillible mais à moi. Ma famille, mon foyer, mon territoire en mutation. Et les cieux.
Tout cela dessine la trame de mon univers. Ainsi je préfère suivre la spirale sur laquelle je suis à la fois le centre et un satellite.
Les saisons sont temporalisées dans notre calendrier par les équinoxes et les solstices. Si bien qu'ils auraient des énergies particulières que nos saisons leur prêtent.
Alors devient plus persistante l'idée que ce sont nos modes de vie qui ont coloré la spirale plutôt que l'inverse.
La course luni-solaire composée de quatre étapes s'affranchirait de tout cela dans mon esprit fertile. Et de la saisonnalité, également.
Les valeurs de lumière et d'obscurité prendraient une nouvelle dimension. Le jour, la nuit et les entre-deux.
Avec un culot monstrueux, j'ai placé ces jalons qui ont fait réagir vivement dans mon proche entourage à l'époque. D'autant plus fortement quand je décrétais que la Saison Claire s'étendait du Solstice d'Hiver au Solstice d’Été (augmentation et apogée de la lumière), et la Sombre, de celui d’Été à celui d'Hiver (diminution et paroxysme de l'obscurité). Un bouleversement quand l'habitude est de voir l'été comme une saison lumineuse. Les Équinoxes marquent l'équilibre, le cœur de chacun de ces Saisons. Une liminalité de courte durée proposant un temps de bilan à mi-parcours.
Les Seuils
Si je vivais les Équinoxes comme un bref instant immobile et les Solstices comme un top départ ; les transitions vers les Saisons Sombre et Claire me semblaient bien plus lents.
Étendant leurs influences bien avant le jour solsticial, ils nous plongent dans des liminalités longues nous faisant apprécier la Saison en cours.
La position de la Lune Claire et de la Lune Sombre étant primordiale pour établir les Seuils, je trouvais alors pertinent de faire durer cette période sur un mois Lunaire.
Leur calcul se basant alors sur un axe constellaire symbolisant la vie et la mort, Taureau-Scorpion, privilégié par plusieurs sociétés, fut retenu.
J'ai bien conscience que ce ne sont pas les seuls, mais à mon niveau, c'est déjà pas mal.
Ajoutons à cela qu'opter pour le temps sidéral – le temps réel, et non sur un calendrier arbitraire et immuable – permet de se rapprocher au plus près des énergies recherchées. Bye bye la pratique jet lagée !
J'ai proposé à mes Sœurs d'être plus observatrices durant ces périodes. Les retours obtenus ont validé mon postulat.
Pour les personnes sensibles au corpus celtisant, c'est tout simplement la détermination de la date luni-solaire de Beltane et Samhain, pour vous donner une idée.
Les Seuils Sombre et Clair se produisent entre les Solstices et les Équinoxes. Ils sont l'occasion de travaux de longue haleine, d'engagement spirituel particulier, de préparation. Personnellement, je ne comprenais pas pour quelles raisons j'étais azimutée ou très intérieure avec des contacts défunts dans ma vie onirique de façon aussi cyclique. La compréhension de ce système m'a donnée l'opportunité d'appréhender et d'accompagner mon vécu mystique.
La conscience que ce qui est exposé ici peut être problématique et perfectible est indubitable. Il m'a fallu beaucoup de temps pour partager cette réflexion couplée d'études et d'expérimentations.
Se
sentir légitime dans ce type de démarche est ardu. Les critiques et
les doutes reçus sur les germes de cette vision calendaire ont été
multiples. Je ne comprenais pas le fait de nier certains éléments
historiques sur le calcul des dates par exemple. Comme adhérer à
des dates issus d'un calendrier hérité du judéo-christianisme
niant l'aspect luni-solaire dans l'établissement des célébrations
saisonnière.
Le but n'est pas de froisser ou de chercher les
coups.
Lorsque l' énergie et l'envie seront là, je soumettrai des articles barbants sur les calculs calendaires utilisés et leurs raisons.
Je
suis très reconnaissante envers les personnes de la tradition Apple Branch qui ont mis en ligne leur calendrier luni-solaire qui a
décomplexé ma perception et soulagé ma solitude.
Je suis
également heureuse de trouver des contenus pagano-sorciers se basant
sur l'astrologie sidérale, comme celui que propose Mystics Moon.
Les
travaux de Jhenah Telyndru ont également participé à la
construction de ma réflexion.
Je suis certaine que ce ne sont pas
les seules.
En attendant, merci de votre intérêt et je vous dis à bientôt.






