Le secret. Magnifique parfum sexy que souhaitent porter celleux qui se veulent puissant.es. Ou juste pour celleux qui le sont vraiment.
Ne relisez pas, c'était bien sarcastique et très authentique.
Il a fait plus ou moins partie de ma vie sorcière, ce secret.
J'entends encore, en écho, les piaillements juratoires de quelques consœurs assurant que le secret est le moteur ultime de la puissance et de l'efficacité. Certaines plantant leurs regards ourlés de khôl droit dans vos mirettes arrondies, puis qui vous susurrent dans la vapeur d'une tisane qu'il y a des choses qu'elles ne révéleront jamais. Vous la voyez cette moue glissée sur un air entendu du « Je sais de quoi je parle. Il ne fait pas bon de se frotter à moi ou de m'imiter. » ?
Puis avec le temps, les expériences et la multiplication des rencontres, force est de s'apercevoir qu'il y a toujours quelqu'une qui sait, qui le connaît ce fabuleux secret. Le besoin de se confier, de partager autour de la pratique après des années de disette sociale païenne, c'est bien normal.
Puis l'envie de se raconter et de faire comprendre que c'est du sérieux, qu'« on a mis le paquet » . C'est bien normal aussi.
La plupart pratiquent en solitaire. Alors que ce soit dans la vie ou sur réseau, vouloir partager un peu de ça, ça revient à tenter de se réunir autour de la machine à café avec des collègues. On parle boulot, passion.
Par conséquent la capacité à garder le secret fait état des qualités morales à posséder dans un cheminement spécifique : le sens de la discrétion, la loyauté, l 'engagement.
Je trouve aussi qu'il y a parfois une confusion entre un serment et un secret. Certes, nous pouvons prêter le serment de garder le secret. Tout comme nous pouvons prêter serment publiquement en différentes occasions qu'elles soient juridiques, professionnelles, religieuses….
Comme je l'ai évoqué, tout se trouve en ligne ou en librairie ou presque concernant nos pratiques.
La différence peut sembler subtile. Cependant, souvent, les traditions initiatiques ont une vitrine, des espaces extérieurs permettant à chacun de se faire une idée de l'autre et de voir son engagement, de jauger de ses capacités.
Pour simplifier, là où le secret est une protection et un filtre pour les lignées, le gatekeeping est un levier pour garantir une domination.
J'ai le souvenir de praticien.nes qui, à voix basse, expliquaient doctement qu'ielles ne pouvaient livrer certaines connaissances parce qu'il n'y a pas le niveau chez leur interlocuteurice. Puis d'ajouter de façon finaude « mais si tu veux, je peux te donner un mentorat particulier... » puis de la flatterie saupoudrée de petites réflexions laissant entendre que malgré mon intellect, je n'étais pas l'étoile la plus brillante des cieux. Ce que je trouvais écœurant.
Puis nous avons le fabuleux sens de la discrétion. Un contenu partagé en privé ou en public soulignant l'accomplissement d'un travail pour autrui. Cela sans rien révéler de l'identité de la personne demandeuse ou de la nature exacte du travail. Entre publicité et garantie de l’exécution rituelle. Cela permet de nourrir la réputation de sérieux du praticien.ne, de souligner le savoir-être appuyant un savoir-faire. J'ai partagé des avis de consultant.es sur mon insta pro mais rien de leurs séances par exemple.
L'éthique est une composante de ce sens de la discrétion et de celui du fragile secret.
C'est aussi cela qui permet de savoir avec qui, oui ou non, partager. Surtout quand nous sommes dans l'équipe gérant un cercle ou une tradition. Nous pouvons évoquer avec les responsables du groupe les difficultés ainsi que des événements douteux. Mais les divulguer sur un espace public, ça évoque une fragilité dans la structure (une charte de comportement non respectée, de la précipitation pour intégrer de nouvelles personnes, etc...).
Cela ne devrait se produire seulement lorsque l'intégrité mentale et physique se trouve mise en péril.
Comme vous l'aurez compris, je crois peu au pouvoir du secret partagé si le sens de la discrétion n'est pas nourri car « Il n'y a de vrais secret que ceux qui se gardent tout seuls » selon George Bernard Shaw. Fatalement, un jour, nous serons suffisamment en sécurité avec une personne pour lui faire des révélations.
Une petite liste non exhaustive :
- Ne jamais oublier ce qui motive la raison du secret.
-Toujours se demander si
le secret pèse ou non sur notre conscience.
- Avoir, dans le cadre du pratique dirigée par une seule personne, d'autres personnes avec lesquelles pouvoir discuter dudit secret. Il pourrait être le paravent de comportements problématiques. Avoir un retour, dans ces cas-là, est précieux.
Bien sûr, tous les secrets ne sont pas le terreau des horreurs. Cependant assurez-vous que rien ne puisse se retourner contre vous en prenant le temps d'apprécier avec qui vous souhaitez le partager.
Cette notion se retrouve bien cette citation d'Eliphas Levi : « savoir, oser, vouloir, se taire ».
J'adore cette phrase. Et je trouve qu'elle illustre bien un cheminement dans une sphère où le secret peut être imposé. Il est demandé d'apprendre, de mettre en action ses connaissances, avoir et cultiver une conscience morale pour discerner les fondements d'un choix.
Non céder à l'assouvissement d'une pulsion à courte vue.
Dans un groupe avec une structure solide (tradition ancienne ou nouvelle, longévité du groupe même, respect de codes moraux attendu), un tel comportement serait intolérable car il implique l'essence du groupe et des personnes qui le compose. Cela pourrait expliquer que le plus souvent les entrées, ou du moins les prises de contact, se font par cooptation.
Je pense avoir fait le tour, pour aujourd'hui, du silence choisi dans nos pratiques et de ses raisons. Évidemment il s'agit de ma perception, de mes réflexions.





