mardi 3 mars 2026

Les Bases et Les Ressentis

 Peu importe le contenu que vous consultez, que ce soit pour débutant.e ou soit pour avancé.e/expert.e, il est rare que les bases de la pratique ne soient pas abordées.

C'est un peu l'introduction obligatoire, la caution morale que les auteurices se doivent d'avoir. Montrer patte blanche pour ainsi dire, afin de passer pour un.e praticien.ne valable.

Il serait difficile de recommander la lecture d'un ouvrage qui ne présenterait pas ces préambules de rigueur. 




Avec des années de pratique, cela peut même devenir ennuyeux. Au point que nous serions tenter de sauter les premiers chapitres d'un livre pour arriver au corpus de pratique secondaire.


Parce que nous savons. Parce que c'est bon depuis le temps, comprenez-vous, qu'avons-nous encore à apprendre dans ce domaine ? (c'est ironique)


J'ai connu plusieurs périodes de pause. La première car je me suis brûlée les ailes. La seconde parce que j'ai cru que je pourrai me détourner d'un chemin serpentant dans la moëlle même de mon être. Je souris franchement en écrivant ça. Car ici, je retrouve toute l'intensité de ma neurodivergence. Puis d'autres pauses qui furent moins lourdement vécues. Bien au contraire.
Je parle bien de pause dans la pratique. Je suis croyante depuis aussi longtemps que je puisse m'en souvenir. Hénothéiste et animiste, ma pratique fleurit dans les temps et les espaces liminaux.

La pause est en elle-même une liminalité dans laquelle errer, avancer ; C'est un travail de fond crucial, inévitable. Car négliger cet appel à souffler peut nous entraîner vers des moments très difficiles, voire la perte de vue des valeurs premières que nous souhaitions vivre dans notre pratique.

Tout changement porte cette valeur de liminalité également à mes yeux.

Revenons à notre sujet premier, les bases essentielles.

A chaque sortie de pause, je me prends de passion pour de nouveaux sujets. Je lis en ligne, j’achète des livres, je suis des contenus.

Et de plus en plus, à chaque nouveau courant étudié, j'observe avec plus d'acuité les premières sections, les premiers chapitres. Ceux dédiés aux bases.

J'accepte aisément de faire un pas de côté de ma pratique d'à peu près 33 ans pour expérimenter les bases avec des yeux neufs.


Évidemment c'est encore plus sympa quand le contenu propose une perspective nouvelle. Thorn Mooney, dans Le Chemin de la Sorcière, éditions Danaé, a réussi à aborder ce sujet sous un angle nouveau. Normalisant dans un même élan ce que tout.e praticien.e vit un jour.

N'hésitons pas à replonger dans les bases avec une intelligente candeur affinée d'expérience s'assurant ainsi une hygiène énergétique  indispensable à la pratique.


Que sont les bases ?

L'ancrage, la purification, la protection définissant l'ensemble de la pratique primaire.

Je considère que le bannissement et la défense comme des actions de pratique secondaire car ils interviennent dans des cas où il y a une négligence de longue durée des bases ou atteinte provenant de l'extérieur. Cette dernière ayant donc franchi les mesures basiques habituelles.

Les bases essentielles dans la pratique invitent à se méfier de la routine, de l'aspect mécanique de leur exécution. A quel moment perdons-nous la connexion avec le vrai ressenti pour entrer dans une intellectualisation pure ? Faire pour faire. Non, pour vivre une action ressentie.
Un peu comme un brossage de dents bâclé.

"Faire en conscience", "avec ses tripes", "selon son cœur". Peu importe le vocabulaire, cela signifie de la nécessité de connaître le sens et le but de ce qui est réalisé.


Revenir aux bases est une première étage de reprise de contact avec des ressentis actifs. S'imaginer qu'après une pause de 6 mois à quelques années, nous puissions nous asseoir devant l'autel la bouche en cœur, sû.res de soi semble bien prétentieux.


Les cas possibles, à mon sens, où le réapprentissage de ces gestes premiers et de leurs ressentis se produit est :

  • après un changement majeur  tel que une rupture, un déménagement, la fin d'un cycle,burn-out spirituel, changement de tradition, de courant spirituel ou de dévotion.

  • après avoir été touché.e par un sort néfaste (une sorte de convalescence énergétique), une pause de pratique due à un manque de temps (parentalité, travail, engagement associatif, etc). 
La liste est non exhaustive et le principe, dessiné dans les grandes lignes.

Faire ce pas de côté dans le renouveau, peu importe son origine, est déjà une preuve d'humilité. Nous ne savons pas tout, nous ne sommes pas infaillibles quand bien même notre magie, nos prières sont puissantes ou le furent du temps où nous les prononcions.

Notre hygiène énergétique, que je dissocie de la santé spirituelle intellectuelle (esprit critique associé de recherches et de d'échanges ) est une pierre angulaire de nos pratiques.


Il y a aussi la possibilité que notre pratique nous convienne, et cela depuis depuis des années ; que jamais il n'y a eu de lassitude, d'essoufflement. Reprendre les bases de A à Z toutes les lustres* serait à envisager. Se maintenir, s'améliorer ou changer, toutes ses actions appellent le même départ : les bases acquises, vécues, authentiquement perçues.


Un petit tour d'horizon un peu barbant pour définir un peu ces bases incontournables :

  • L'ancrage est la capacité à se raccrocher à ce que notre corps vit de façon très primaire (avant d'aller chercher des racines énergétiques nous connectant jusqu'en Chine. Ou ailleurs.) S'ancrer, c'est déjà bien incarner notre chair, sentir notre densité corporelle, avoir réussi à déposer sa matérialité dans la réalité physique. C'est très tangible, voire plus que tangible.
    Qu'est -ce qui nous rend à notre corporalité ? À nos sens ? À la Terre donc ? Ou à notre Lignée de sang ?
  • La purification semble être ce moment où nous prenons conscience que la matière n'existe pas seule, en tout cas pas pour des personnes comme nous qui embrassons certaines croyances.

Nous établissons que la purification est un nettoyage à la fois physique et énergétique. Je n'évoque pas ici le mental car une hygiène énergétique touche, selon moi aux corps physique et énergétiques, et non à la santé mentale. 

Les aspects psychologique et intellectuel méritent d'être considérés à part. Une personne souffrant d'un trouble psy ou étant neurodivergente ne verra pas cet aspect de son existence miraculeusement amélioré à coup de fumigation ou autres techniques purificatoires. Cela peut aider à trouver une forme de réconfort, d'apaisement mais s'imaginer plus serait se bercer d'illusions.

  • La protection est à considérer de façon individuelle, collective, ainsi que humaine et non-humaine (animal, lieu, objet, entités spirituelles diverses qui peuvent aussi apprécier un soutien humain).
Elle peut être mise en place de nombreuses façons (prières, gestes, rites, objets (talismans, amulettes), art pictural (symboles traditionnels, sigils, ..). Les moyens sont infinis.




Mais ce qui m'intéresse ici, encore plus que l'observance d'une hygiène énergétique toujours remise en question, est la routine et ses effets néfastes. 

Bien connaître ses recettes peut nous amener à la négligence et à la projection.

Ce que j'entends par projection est le fait de s'imaginer ressentir. Et ça, c'est terriblement commun.
Je vous propose un exemple dans lequel j'ose parier que quasiment nous toustes pouvons nous reconnaître.
Nous avons acquis le dernier ouvrage dans le domaine qui nous plaît. À chaque exercice lu, nous nous extasions intérieurement « facile !, Mais je le fais déjà !, rien que de le lire, je sais que je le fais en même temps ! ». Douces foutaises en vérité.

L'exemple peut se poursuivre avec les méditations guidées que nous voyons lors de la lecture. Le même principe que celui des romans. Notre esprit imagine, ce qui n'est pas ressentir dans sa chair et son énergie avec toute son attention.


Ces propositions de pratique méritent d'être vécu différemment qu'un fantasme (déjà par respect pour le temps de lecture alloué et, par extension, pour nos sous et le travail de l'auteurice.).
Se faire une fiche-guide pour travailler un exercice plusieurs fois d'affiler serait plus honnête envers nous et ce que nous cherchons à développer et à atteindre.

Prendre des notes, mener des expériences ( que ce passe-t-il si une purification de soi et/ou d'un objet travaillé est faite avant ? Que se passe-t-il si cela est de façon libre ou rituelle ? Durant un temps spécifique?).
Pourquoi pas se faire des audios, ce qui est simplifier avec nos téléphones, en faisant fi des considérations sur son timbre de voix. La prosodie et les césures sont les clefs (je suis diplômée en sophrologie. Je peux assurer que poser sa voix et son rythme suffisent pour enregistrer même avec un son médiocre.)

Mettre en comparaison nos observations de ressentis pour trouver où il surgit et se situe avec acuité et authenticité.


Ceci a particulièrement plus de sens pour les praticien.nes neurodivergent.es qui expérimentent le monde avec des codes différents de la majorité.

Je ne l'avais pas compris me concernant. J'étais perdue assez souvent. Il m'a fallu apprendre à écouter la voix de mes tripes. Et les nombreux échanges, tout au long de mon cheminement, me font penser que je suis loin d'être seule dans ce cas.


Il faut donc accepter en définitive, à partir de ce postulat, que nous ne sommes pas les enfants géniaux aux aptitudes innées que nous pensions/rêvions d'être.

Il faut aussi accepter qu'échanger sans gêne avec d'autres personnes nous aide à avancer.


Toute pratique sorcière a besoin de bases, d'humilité et de travail.


Ouvrages que je recommande particulièrement ** :
La Voie du Paganisme, de John Beckett, éditions Danaé
Le Chemin de la Sorcière, de Thorn Mooney, éditions Danaé
Psychic Witch, de Mat Auryn, Le lotus et l'éléphant
Avalon Within, de Jhenah Telyndru, LLewellyn publications, également disponible sous le titre 'Mythes et Mystères d'Avalon" aux éditions Danaé.


* attention, c'est cadeau. Une lustre équivaut à cinq années.

** Liste volontairement succincte. Inutile de se noyer dans une masse d'infos. Comprenons déjà ce qui est à notre disposition. Je les ai lus et testés (pour ceux qui ont de la pratique expliquée). Tous m'ont apportés quelque chose.