Il y a quelques années, j'avais pris connaissance d'une notion qui commençait à émerger dans le milieu: le burn out spirituel.
C'était très juste comme point.
Ma pratique a débuté en 1993. Pas d'internet, pas de réseau. Donc aucune pression si ce n'est celle de trouver un peu de matières dans les librairies, et pourquoi pas, une autre personne avec laquelle partager. Des enjeux très minimes, à taille humaine. Ainsi que beaucoup de temps et d'espace pour grandir et mûrir.
En quelque sorte, un apprentissage à la Montessori où ce sont nos capacités à l'instant T qui définissent ce que nous développeront.
Évitons les sujets de la performance et de l'esthétisme puisque ce sont eux qui poussent au crime. Ils sont trop bien connus. Brandis parfois comme garantie dans des discours gonflés de bien pensance et d'ego mal placé de personnes qui surfent pourtant sur les trends avec cet air de ne pas y toucher.
Ce n'est pas parce que nous parlons d'un sujet à la mode, que ce soit pour le critiquer ou pour le valoriser, que nous sommes de bonnes personnes.
Lorsque j'ai cédé à l'appel de la sorcellerie et de ses à-côtés, je n'imaginais rien. Il me semblait que ce serait une voie linéaire d'apprentissage et d'expériences sur laquelle je me devais de vite progresser. J'avais envie de voir les résultats qui me feraient passer de « pauvre folle » à « c'est peut-être un peu plus qu'une lubie délirante. ».
Le tarot, la Haute-Magie (mon premier livre pour débuter la pratique...il fallait avoir envie), je me suis jetée dedans corps et âme. Ce fut une immersion totale, un full focus durable où chaque moment fut analysé, soupesé. J'ai du mal à imaginer mes adelphes les plus jeunes avoir cet espace et cette capacité désormais. Ce sera certainement perçu comme bouffi de suffisance, cependant j'ai pu constater, en plus de trente années de pratique, la cyclicité des « vieilles nouveautés ».
Le bombardement constant d'injonctions suaves, de nouveautés (qui n'en sont pas, je le souligne derechef) parasitent nos relations et nos pratiques. Alors des fois ça pète ou ça devient silence.
Mais est-ce que j'ai su faire une différence à chaque fois entre la pause et le burn-out ? Je ne crois pas, mais l'inactivité fut, à chaque fois, salutaire.
Vers 2018-2020, j'entendais donc parler pour la première fois du burn-out spirituel. Aliénor de Mystics Moons (Instagram) qui lâchait ce gros morceau bien glissant dans la mare païenne virtuelle où chaque tétard que nous sommes tente de voir un peu la lumière du jour.
Je venais de claquer une fin de mission auprès d'un bosquet druidique où j'avais tenu le rôle de community manager pendant plusieurs années, dans l'ombre, laissant la façade aux personnes munies des « bons » titres.
Rédaction d'articles,
édition d'un e-zine en interne (idées, recherches, rédaction, mise
en page), études calendaires, animation de papotes-ateliers, conception
rituelle, mailing, échanges intra-bosquet, échanges intra-collége,
vidéos, etc.
Tout ça dans un environnement paternaliste,
misogyne, bien planqué dans sa tradition. Je restais dérangeante
mais utile puisque, officieusement, les responsables échangeaient
régulièrement avec moi.
Personnellement,
durant mon service, je ne me suis jamais dite que j'étais une bonne
poire. J'expérimentais la construction d'une sororité dépassant la
tradition lui servant de terreau de départ.
A la naissance de mon fils, il devint difficile de tout assumer.
Ce fut un burn-out spirituel. Tout s'est tu. Mon âme, mon cœur. Je n'entendais plus le divin ou alors de vagues chuchotements.
Je pourrais évoquer
le fait d'apprendre à dire non, de responsabiliser autrui dans ce
type de processus. Plein de sujets déjà très souvent débattus
ailleurs.
La pensée féministe se glisse ici aussi. Nous combattions des critiques misogynes sur notre fonctionnement avec une suractivité qualitative en guise de riposte. Classique.
Je le mentionne sans esprit de critique. Toute notre société est une bête patriarcale blessée mortellement, animée de derniers sursauts sulfuriques.
J'étais exsangue après
une longue bataille contre cette pression.
Pour vous résumer :
par la suite, la plupart des femmes du Bosquet ont quitté ce
Collège. J'ignore ce qu'il en est à ce jour sur la parité de ce
groupe.
Le burn-out
survient lorsque nous ne reconnaissons plus aucune limite en nous pour nous.
La période de burn-out
spirituel est à la fois un vide et une souffrance. Même si l'autel
est là, rien ne s'y passe. Il devient un meuble exposant de jolis
objets dépoussiérés régulièrement avec des gestes automatiques.
Ce n'est pas que rien n'a de sens. Les connaissances, le souvenir des
sensations rituelles et relationnelles sont là, mais rien ne vient
s'ajouter à cette vivance spirituelle du passé.
Ce n'est pas une
pause, c'est un vide absolu et nécessaire. Une hibernation de
survie.
Comment repartir
après ça ?
Que faire dans ces cas-là ?
Rien, vraiment. Il se
peut que l'habitude ou la peine nous fasse allumer parfois une
bougie, préparer une offrande. Je serai toutefois encline à ne pas
forcer. Si l'envie vient, pourquoi pas. Si rien ne se produit durant
des semaines, des mois, c'est que cela est nécessaire.
La piété
peut être le seul muscle restant de notre corps religieux comateux.
Réinvestir la simplicité, l'immédiateté sans attente. Ne plus rien programmer, se laisser surprendre.
Surtout se laisser le temps de revenir à cette sensorialité physique et subtile fine.
Il se peut que des capacités soient modifiées de façon définitive durant cette phase. Ça arrive. Ce n'est pas grave.
Reconnecter à son élan
spirituel est une œuvre lente, une convalescence durant laquelle les
petits gestes vous sembleront vains, sans saveur. Pourtant notez
qu'ils se produisent. Juste ça. Ils surviennent. Ce soir d'été, un
verre à la main (soft ou autre), en extérieur, la Lune prend une
autre dimension et on s'aperçoit que nous avons cette vibration de
célébration en nous qui palpite. Puis un geste de communion arrive,
l'instant devient sacré.
En gros, sortir d'un burn-out spirituel ne demande rien. Si ce n'est d'accepter d'être dans le rien sans culpabilité. Le mérite de ce type de rupture involontaire dans la pratique, comme dans la pause d'ailleurs, est de faire le tri dans les relations.
Moui moui moui, c'est bien mignon tout ça. J'évoque tout de même la configuration catastrophique de ce temps off qui fond sur nous sans coup férir.
Pourtant la pause semble être bien plus commune que nous ne voulons bien le reconnaître. J'aurai tendance à croire que toute personne qui pratique suit un cycle qui lui est propre. Avec des périodes plus intenses que d'autres.
Quels résultats ont eu les pauses ?
Vous l'aurez compris, j'ai eu plusieurs périodes de pause. L'évolution et l'historique de ce blog peuvent en témoigner.
La première fois, la pause a duré 4 ans. Suite à un déménagement qui m'a plongée dans une profonde affliction, je suis tombée en léthargie. Avec le recul, je réalise que la rupture avec un territoire équivalait à me déraciner stricto sensu.
Le deuil de cette terre a été terrible. D'autant que c'est là que les balbutiements de ma pratique se sont tenus. La psychométrie et l'exercice du pendule, qui étaient faciles à mettre en œuvre, devinrent inaccessibles.
La première pratique est revenue, très doucement, modifiée. Un peu comme si j'étais devenue myope. La seconde, je l'utilise le plus souvent pour chercher un truc perdu dans la maison. Nous sommes toustes TDA dans mon foyer. Nos vies sont un JDR constant avec des quêtes majeures et secondaires.
La seconde fois fut plutôt de l'ordre de la crise mystique déclenchée par un sort, fruit de colère, dont j'ai été la cible. J'ai voulu tout jeté, tout arrêté. Une grande purge par le feu. La reprise s'est faite timidement. Il a fallu contrebalancer en agissant sur plusieurs fronts (corps, cœur et esprit). Cette pause a été extrêmement bénéfique, bien qu'elle fut involontaire et la conséquence d'un acte mal maîtrisé [ je pense toujours que l'origine est due principalement à une mauvaise communication couplée à des émotions et une énergie mal gérées.]. J'ai revu toutes mes bases. C'est le départ d'une exploration moins rapide, de protocoles magiques plus longs, de mon investissement qui se concrétise auprès de la Divinité qui me guidait à cette période.
La troisième, je l'ai relatée plus haut. Le burn-out. Je suis restée bête devant mes jolis autels. J'ai fait un tri de malade dans mes bouquins, mes affaires, mes relations. Je pense qu'il reste une photo de ça sur mon feed insta. Un gros tas sur mon lit de l'époque. L'image surgit dans mon esprit, le souvenir de ma pesanteur colonise aussitôt mon cœur.
Ce que j'ai développé
entre la première et la troisième pause, je l'ai conservé. Ce qui
fut un soulagement.
Puis vinrent les pauses choisies. Sur les
réseaux et dans ma pratique. Des moments off, de vraies vacances,
des tête-à-têtes prolongés avec moi-même pour faire le point.
Je mentionnais plus tôt le fait que chaque personne a son propre cycle. J'ajoute ici que nous persistons souvent à suivre coûte que coûte le rythme, même avec un geste ou une pensée. La Lune, les célébrations, les passages, lancer des sorts selon les étoiles, suivre des trends. C'est la raison pour laquelle je précise dans mon précédent billet que rien n'est obligatoire dans ce que j'ai proposé.
La manifestation la
plus évidente de cette philosophie est qu'entre mes débuts et
aujourd'hui, la fréquence de ma pratique sorcière orientée sur les
sorts a drastiquement diminué. J'ai appris à mobiliser mon corps et
mon esprit avant de me jeter dans le chaudron tête baissée.
Je
mature des projets magiques sur de longues périodes Rien de
révolutionnaire. Il y a moults exemples de personnes pratiquantes
qui partagent sur des protocoles longs avec des étapes complexes.
Il est possible de réaliser la même chose avec des pratiques plus simples, si ça peut rassurer une personne ou deux dans le public.
Je pratique la marche labyrinthique et le labyrinthe digital. Je m'octroie des moments de pause durant l'exécution pour laisser l'idée du travail maturer, évoluer durant le process. Puis je reprends le mouvement. Peu importe l'état émotionnel, énergétique, et physique dans lequel je me trouve à l'issue, je me sens quelque part glorieuse d'avoir pu savourer le chemin à , ce que je pense être, sa juste valeur.
D'avoir donné une chance à mon propre désir de s'exprimer le plus librement possible, hors influence ou contrainte.
Cette lenteur, que j'ai mise en sous-titre sur le blog, cette Slow Witchery, est une volonté de laisser la graine pousser sans la forcer. De prendre le temps d'observer ce qui a besoin d'être renforcé, soulagé ou diminué dans le tissage en moi et autour de moi.
Un jour, je passerai à
l'écrit sur la pratique sorcière et la neurodivergence, du moins
exposer mon expérience et ce qui en découle, car la philosophie de
la Slow Witchery (SW) a des bénéfices dans ce cadre là.
Une maturation devient
possible pour toutes choses sur la Voie Sorcière. Les urgences sont
toujours là. Toutefois elles ne se produisent pas tous les jours. Si
c'est le cas, je m'interrogerai sur ma perception et mon entourage.
En fait, il y a un autre élément-clef dans cette popote très perso : ma vie. Je n'adapte pas ma vie à ma pratique. C'est l'inverse qui se produit. J'ai un emploi, une micro-entreprise, un enfant en garde alternée, une épouse, une immense maison.
S'adapter est aussi un axe SW.
Je m'interroge régulièrement sur la valeur d'une voie solitaire et sur les groupes avec la lentille SW.
La solitude offre un espace extraordinaire d'observation de soi. Si bien que j'ai tendance à considérer que la pause y est un rituel, un temps sacré. Le mouvement cesse pour voir ce qui émerge dans l'immobilité.
Si vous collaborez et relationnez en groupe et que vous vous sentez brusqué.e/bloqué.e, posez une demande claire d'un temps de mise en sommeil à réévaluer ultérieurement lors d'entretiens espacés selon vos possibilités. Cela peut se faire si la communication est qualitative (honnête, directe, sans présupposé de mon point de vue).
Je conclurai avec une
dernière notion, sur laquelle je reviendrai dans un futur plus ou
moins proche : la possibilité que les pauses vécues soient des
préambules à l'appel ou le départ d'une divinité.
D'ici là, prenez soin de vous. Demain existe encore.
Avril 2026
Des ressources
pour réfléchir plus loin :
L'Antre de la Morrigan
Ange de Gaïa
Slow Magic de A. Rella
Mystics Moons (les partages sur la pratique)


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